Échanges entre la MDPH et les ergothérapeutes ; un lien nécessaire pour favoriser l’accès aux aides techniques ?

Exchanges between MDPH and occupational therapists; a needed link to promote access to technical assistance?

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Summary :

This article details the intervention of professionals working in the Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) of Seine-Maritime with occupational therapists working in pediatrics in the county. The goal of this action was primarily to promote interactions and collaboration between professionals and thus favor access and funding of adapted technical assistance. Secondly, after describing the context that underlined this need for collaboration, we will detail the exchange set up. Thirdly, we will evaluate this intervention and propose some prospects for development.

INTRODUCTION

Chaque département français comporte une Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) qui est chargée d’accueillir, de conseiller et d’informer les individus en situation de handicap et leurs proches (site internet CNSA1, 2021). La MDPH est responsable de l’attribution de diverses allocations et ouverture de droits, permettant la compensation des situations de handicap. Ces prestations, leurs critères d’éligibilité et les démarches associées sont peu connus des bénéficiaires comme des professionnels qui les accompagnent. En conséquence, les usagers ne sont pas toujours orientés et accompagnés vers les aides auxquelles ils pourraient prétendre ; ils ne savent pas vers quel organisme s’adresser, ce dont ils pourraient bénéficier ou non et comment réaliser les démarches associées. Les dossiers de demande sont parfois incomplets et ne comportent pas les éléments nécessaires pour que la MDPH rende une décision éclairée. Il en résulte une diminution de l’accès aux solutions de compensation du handicap. Par ailleurs, le délai de traitement des dossiers est jugé trop long, les démarches trop complexes et les décisions parfois insatisfaisantes (résultats de l’enquête nationale « votre MDPH, votre avis », le 31 décembre 2020).

Les professionnels de la MDPH de Seine-Maritime ont décidé de mettre en place une intervention auprès d’ergothérapeutes exerçant en pédiatrie dans le département afin de diffuser des informations sur la MDPH et son fonctionnement, de prendre conscience des problématiques rencontrées par les professionnels extérieurs et d’ajuster leurs pratiques en conséquence.

Cet article a pour but d’explorer les actions à mettre en place pour développer la collaboration entre les MDPH et les professionnels extérieurs. Après une présentation des MDPH et de leur fonctionnement, nous détaillerons les problématiques de communication ressenties par les professionnels de la MDPH et les ergothérapeutes externes, ainsi que l’intervention mise en place. Nous conclurons par une synthèse de ce temps d’échange et des perspectives d’évolution.

SITUATION ET CONTEXTE

Fonctionnement des MDPH

Les professionnels de la MDPH considèrent comme définition du handicap celle qu’indique la loi de février 2005 (article 2 de la loi n° 2005-102 du 11 février 2005). Ils évaluent l’autonomie, l’indépendance et la restriction occupationnelle de la personne à partir des éléments présents dans le dossier de demande (Squillante, 2011), tout en prenant en compte son environnement humain et matériel. Ils peuvent réaliser des contacts téléphoniques ou encore des visites à domicile afin d’obtenir plus d’informations. Néanmoins, ces professionnels reçoivent une quantité très importante de demandes et ne peuvent pas rencontrer l’ensemble des usagers (4 370 000 demandes déposées dans les MDPH en 2019, selon le rapport annuel de la CNSA de 2020). Ils ont donc besoin de se faire une représentation précise de la personne et de ses difficultés quotidiennes en lisant son dossier de demande.

Un dossier de demande est constitué, a minima, d’un formulaire de demande, d’un certificat médical, d’un justificatif d’identité et d’un justificatif de domicile. Le dossier de demande peut être enrichi par un projet de vie détaillé, des comptes rendus médicaux, paramédicaux ou des avis de spécialistes.

Si, lors de leur évaluation, une visite à domicile est réalisée, les professionnels de la MDPH doivent remplir le Guide d’évaluation des besoins de compensation de la personne handicapée (Geva) (CNSA, 2012). Ce support à la démarche d’évaluation permet d’harmoniser les pratiques entre les différents départements et d’explorer toutes les sphères de la vie de l’individu (Vannetzel, 2015). Après son évaluation, l’équipe pluridisciplinaire formule une proposition de compensation qui doit ensuite être validée par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH) avant d’être notifiée à l’usager.

Le rôle de l’ergothérapeute en MDPH

L’ergothérapeute est un membre de l’équipe pluridisciplinaire. À ce titre il participe à l’évaluation de la situation de la personne et à l’identification de ses besoins. Il recherche des solutions de compensation de la situation de handicap au regard de son éligibilité aux droits et prestations proposées. Il peut enrichir la réflexion interprofessionnelle par ses connaissances en rééducation et réadaptation (Bonnin, site internet MDPH 971).

Lors de son exercice en MDPH, l’ergothérapeute est tenu de connaître les critères d’éligibilité des droits et prestations proposées. Il réalise des visites à domicile où il est amené à évaluer les besoins de compensation du handicap et à préconiser des aménagements de logement ou de véhicule, des aides humaines, animalières ou encore des aides techniques.

Les aides techniques peuvent être en partie financées par le biais de l’Allocation éducation enfant handicapé (AEEH) et ses compléments pour les enfants et jeunes jusqu’à 20 ans, ou de la Prestation de compensation du handicap (PCH) pour les enfants et les adultes (CNSA, 2017). Ces aides financent également certains soins de rééducation, comme le suivi en ergothérapie.

Lorsque quelqu’un réalise une demande de financement d’un aménagement de logement, de véhicule, d’aide technique ou de suivi, l’équipe pluridisciplinaire évalue l’éligibilité de la personne à l’aide financière concernée.

L’ergothérapeute va évaluer la pertinence de cette adaptation au regard de sa situation. Lors de son analyse, tantôt il s’appuie sur les bilans des professionnels qui accompagnent l’usager (CNSA, 2018), tantôt réalise une visite à domicile afin d’obtenir plus d’informations. Une fois la meilleure solution de compensation identifiée, il se fonde sur la réglementation en vigueur pour définir si ces adaptations peuvent être financées par les aides de la MDPH et, le cas échéant, pour calculer le montant de cette participation financière.

Accès aux aides techniques

Un rapport publié en 2020 sur l’accès aux aides techniques (Denormandie & Chevalier, 2020) fait état des difficultés pour accéder à des aides techniques adaptées. Il souligne notamment un manque d’informations et d’explications sur les aides techniques existantes. Ce rapport indique que l’accompagnement à la recherche d’aides techniques, d’essais de matériel et de recherche de financement est insuffisant. De plus, il démontre que les démarches sont trop longues et complexes pour les usagers. Afin de pallier ces difficultés il est nécessaire de favoriser le recours à des ergothérapeutes, d’accompagner les personnes dans leurs recherches de financement d’aide technique et de permettre des essais écologiques. Pour cela, la communication entre les professionnels des MDPH et les ergothérapeutes externes est primordiale.

Collaboration avec les ergothérapeutes externes

Lorsque l’usager est déjà accompagné par un ergothérapeute externe, les évaluations réalisées par celui-ci permettent aux professionnels de la MDPH de mieux comprendre sa situation, les solutions mises en place et les essais effectués. Ces éléments sont importants pour les professionnels de la MDPH car ils leur permettent d’avoir une vision multidimensionnelle de l’usager, d’évaluer son éligibilité aux droits et prestations proposées et d’évaluer si la solution de compensation dont la demande MDPH fait l’objet est la plus pertinente.

Exemple n° 1 : Lorsque M. W. réalise une demande de financement d’un tricycle électrique, la présence d’un compte rendu d’évaluation rédigé par un ergothérapeute externe à la MDPH dans son dossier de demande permet à l’ergothérapeute de la MDPH de s’assurer que l’aide technique est utilisable en toute sécurité et répond aux besoins de la personne. On évite ainsi d’avoir à demander d’autres pièces justificatives à l’usager. Les délais de traitement de sa demande sont alors raccourcis et un financement est proposé. 

 

En parallèle, les ergothérapeutes externes ont souvent besoin des aides de la MDPH pour que la mise en place de leurs séances ou l’achat des aides techniques qu’ils ont préconisées deviennent financièrement réalisables. Leurs échanges avec les professionnels de la MDPH et leurs recherches sur la réglementation en vigueur leur permettent de connaître les différentes possibilités de financement des solutions de compensation. Ils ajusteront ainsi leurs préconisations afin que la solution de compensation soit accessible pour la personne malgré son coût.

Exemple n° 2 : Mme X est ergothérapeute, elle exerce auprès de personnes déficientes visuelles. Elle est fréquemment amenée à préconiser des aides techniques très onéreuses comme des téléphones adaptés, des téléagrandisseurs ou encore des machines à lire. Du fait de ses échanges réguliers avec les ergothérapeutes de la MDPH, elle est en mesure d’indiquer les possibilités de financement aux personnes qu’elle accompagne dès la réalisation des premiers essais. Ceci permet d’évaluer rapidement la faisabilité financière d’un projet. 

 

Enfin, la communication entre les deux entités permet aux professionnels de la MDPH d’ajuster au mieux le plan personnalisé de compensation proposé en fonction de la personne, de l’évolution de ses capacités et de son projet de vie.

Exemple n° 3 : M. Y présente une sclérose latérale amyotrophique. Son ergothérapeute lui préconise des aménagements de logement à réaliser le plus rapidement possible pour optimiser son indépendance. Elle préconise également la mise en place d’aide humaine par le biais d’un service prestataire, ce que Monsieur refuse dans un premier temps. Les échanges réguliers entre l’ergothérapeute et les professionnels de la MDPH soulignent le caractère « prioritaire » de la demande d’aménagement du logement afin qu’elle soit traitée dans les plus brefs délais. De plus, ces échanges pe mettent d’ajuster graduellement le plan personnalisé de compensation proposé en fonction des besoins de Monsieur et de son acceptation de l’intervention d’aide humaine.

Exemple n° 4 : Mme Z présente une sclérose en plaques. Elle dépose une demande d’Allocation adulte handicapé à la MDPH. Pendant la période de traitement de sa demande, ses difficultés de déplacements s’accentuent. Elle rencontre un ergothérapeute qui lui préconise d’utiliser un fauteuil roulant manuel. L’ergothérapeute, avec l’accord duvbénéficiaire, se met alors en lien avec la MDPH afin de signaler ce besoin d’aide technique et l’intérêt de la PCH pour financer cette aide technique. Il pourra alors justifier de la pertinence de cette aide technique, indiquer les essais effectués et fournir la prescription et les devis adéquats.

 

Les échanges entre ces deux entités semblent donc essentiels afin que la personne accède aux meilleures compensations de sa situation de handicap. Néanmoins, cette collaboration est freinée par plusieurs facteurs :

  • – Les dossiers de demande ne comportent pas toujours les informations nécessaires aux professionnels de la MDPH. Par exemple, il peut arriver que le dossier de demande ne comporte pas d’informations sur les capacités de déplacements ou le périmètre de marche de la personne ; or ces éléments sont essentiels pour déterminer si l’usager est éligible ou non à la Carte de mobilité Inclusion Stationnement.
  • – Les ergothérapeutes externes n’ont pas toujours connaissance des informations à indiquer dans leurs bilans et ils ne savent pas toujours vers quelles aides orienter les personnes. En effet, toutes les formations initiales ne proposent pas d’intervention sur la constitution d’un dossier de demande MDPH. De plus, les droits et prestations proposées par cette institution évoluent régulièrement et il n’est pas aisé de se tenir informé des modifications.
  • – Les ergothérapeutes ne sont pas toujours sollicités lorsque l’usager dépose une demande. Il arrive par exemple que des patients déposent un dossier de demande pour obtenir le financement de séances d’ergothérapie, mais qu’ils ne joignent pas le devis ni le bilan du professionnel concerné. Le professionnel n’ayant pas connaissance de la constitution de cette demande, il ne peut conseiller la personne.
  • – Les ergothérapeutes ne comprennent pas toujours les décisions de la On observe par exemple que de nombreux ergothérapeutes contactent la MDPH afin de comprendre pourquoi la demande d’AEEH a été refusée pour les usagers qu’ils accompagnent. Une fois les conditions d’éligibilité à l’AEEH détaillées, les professionnels externes sont plus à même de comprendre les motifs de refus et de juger s’il est pertinent de faire des démarches de recours ou non.
  • – La mise en place d’échanges entre les professionnels de la MDPH et les professionnels externes est parfois complexe à mettre en place, que ce soit par manque de temps ou d’interlocuteurs.
  • – Les deux entités utilisent rarement les mêmes outils ou guides d’évaluation. Tous les professionnels de la MDPH doivent utiliser le Geva lors de leurs évaluations ; or ce guide d’évaluation n’est pas utilisé par la majorité des professionnels externes.

Des difficultés de communication ont également été relevées entre les professionnels des MDPH et d’autres professions, comme les médecins ou encore les psychologues (Desbonnets, 2009 ; Caillaud & Haas, 2016).

C’est à partir de ces constats que les professionnels de la MDPH de Seine-Maritime se sont interrogés sur les solutions à mettre en place pour répondre à ces difficultés communes. Il était nécessaire de trouver un moyen d’échanger avec le plus grand nombre de professionnels extérieurs tout en respectant les mesures imposées par le contexte sanitaire. Il était également primordial de pouvoir prendre conscience des problématiques rencontrées par les professionnels extérieurs.

FAVORISER LA COMMUNICATION

Modalités de l’échange

Il a été décidé de proposer un temps d’échange entre les professionnels de la MDPH et les ergothérapeutes du département. De manière à respecter les mesures de distanciation sociales liées au coronavirus, cette rencontre a été organisée par le bais d’une vidéoconférence.

Lors de cette intervention, les professionnels de la MDPH souhaitaient expliquer le fonctionnement de cet établissement, indiquer les moyens de les contacter et détailler les informations dont ils avaient besoin pour étudier les demandes.

Afin que chaque participant s’exprime facilement, que les échanges soient fluides et appuyés d’exemples concrets, il a été décidé de limiter le nombre de participants. Il a ainsi été choisi d’inviter uniquement les ergothérapeutes exerçant en pédiatrie dans le département. Ce critère d’inclusion a été retenu, car c’est en pédiatrie que les professionnels de la MDPH rencontraient le plus de difficultés lors de la lecture des dossiers, de décisions incomprises ou de manque d’interlocuteurs. Il était envisagé de réaliser le même type d’intervention auprès de professionnels exerçant auprès d’adultes dans un second temps.

Les professionnels de la MDPH ont transmis via leur réseau professionnel un message présentant le projet de temps d’échange, en indiquant une adresse électronique à laquelle s’adresser pour s’inscrire et poser des questions. En parallèle, ils ont dressé la liste des sujets qu’ils voulaient aborder et ont recensé les questions des professionnels externes. Ils ont observé que les questions des professionnels de la MDPH et celles des ergothérapeutes extérieurs se rejoignaient. Voici une synthèse des sujets que les professionnels souhaitaient voir abordés :

  • – les étapes de traitement d’une demande ;
  • – les différentes aides proposées et leurs critères d’éligibilité ;
  • – les processus de financement d’aide technique ;
  • – les éléments nécessaires à inclure dans les bilans ergothérapiques ;
  • – les modalités d’attribution de matériel pédagogique adapté et de financement des séances d’ergothérapie ;
  • – les possibilités d’échanges entre les deux groupes.

Une synthèse écrite a été diffusée à tous les participants, leur permettant ainsi d’avoir un support pendant et après la rencontre. L’objectif était également qu’elle soit diffusée au plus grand nombre d’ergothérapeutes, participant ou non au temps d’échange. Cette synthèse écrite peut être transmise sur demande faite à l’auteur.

Déroulement de la rencontre

Afin de favoriser les échanges interprofessionnels et la formulation de réponses complètes, six membres de la MDPH étaient présents à cette rencontre ; deux ergothérapeutes, deux assistantes sociales, un médecin et une enseignante. Ils ont répondu aux questions d’une trentaine d’ergothérapeutes pendant deux heures.

Les professionnels de la MDPH ont indiqué les informations attendues dans les bilans des ergothérapeutes. Ils ont notamment insisté sur le besoin d’avoir plus d’éléments sur l’autonomie, l’indépendance, les restrictions occupationnelles et les difficultés scolaires et sociales. Ils ont souligné la nécessité d’avoir une vision précise de la personne et de ses difficultés quotidiennes afin de pouvoir évaluer son éligibilité. Enfin, ils ont exprimé le sentiment que les bilans détaillaient plus fréquemment les éléments liés au matériel pédagogique adapté que ceux qui avaient trait aux autres aides techniques, et que les évaluations réalisées dans les locaux des professionnels étaient davantage décrites que celles qui étaient effectuées en milieu écologique, ce qui leur semblait dommageable. Les questions des ergothérapeutes externes se sont principalement tournées vers le fonctionnement d’une MDPH, les informations à indiquer dans leurs bilans et les modalités de financement des aides techniques. Les professionnels ont également insisté sur leurs difficultés face au prêt de matériel pédagogique adapté proposé par l’éducation nationale (logiciels peu adaptés, mises à jour nécessaires, logiciels manquants…).

Afin de répondre à ces différentes questions, les membres de la MDPH ont indiqué des sources auxquelles se référer, comme les « fiches faciles à lire » de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA)2, le site internet de la MDPH, monparcourshandicap.gouv.fr ou encore handicap.gouv.fr. Ils se sont également appuyés sur des exemples concrets pour illustrer le schéma de ré- flexion des membres de la MDPH face à une nouvelle demande et les éléments nécessaires à la prise de décisions. Il n’a pas été possible de synthétiser tous les critères d’éligibilité aux différentes aides car ceux-ci sont trop nombreux et complexes. Les maîtriser demande plusieurs mois de pratique aux professionnels intégrant une MDPH. Les professionnels de la MDPH ont pris note des difficultés liées au matériel pédagogique adapté afin de pouvoir les faire remonter à l’Éducation nationale. Le remplacement de certains logiciels par d’autres, jugés plus pertinents, et l’inclusion de davantage de professionnels externes dans les réflexions concernant le matériel pédagogique adapté ont été souhaités. Enfin ont été détaillées les modalités de financements des aides techniques ou des aménagements de logement.

Retours sur ce temps d’échange

Les professionnels de la MDPH étaient très satisfaits de ce temps d’échange. Tous ont eu le sentiment que cette intervention a répondu à leurs attentes. Certains ont été surpris des questions posées, notamment sur la possibilité de lire tous les éléments du dossier lors de l’étude des demandes ou encore le budget de la MDPH. En effet, la MDPH ouvre les droits aux différentes aides, et c’est ensuite la Caisse d’allocations familiales qui finance l’AEEH et le Conseil départemental qui paye la PCH. Ces questions ont conforté la nécessité de réaliser des actions de communication et d’information auprès des partenaires extérieurs. Plusieurs ont exprimé le souhait de reproduire ce type d’intervention auprès d’autres professionnels, comme des médecins ou des assistantes sociales. À la suite de la réunion, des ergothérapeutes externes ont transmis à la MDPH des bilans ajustés en fonction des indications. Les modifications réalisées correspondaient parfaitement aux attentes et il a été possible de ressentir l’impact positif immédiat de ce temps d’échange.

Les ergothérapeutes externes se sont dits satisfaits de cette rencontre. Ils indiquent que cela a permis de répondre à toutes leurs questions, d’identifier des interlocuteurs et de corriger certaines idées préconçues sur les MDPH. Plusieurs précisent qu’ils ont été agréablement surpris de constater que les attentes de la MDPH correspondaient « au cœur du métier d’ergothérapeute », à savoir l’évaluation écologique des déficiences, incapacités, limitations d’activités et restrictions de participation. Les axes d’amélioration indiqués concernent la modification des prêts de matériel pédagogique adapté et le renouvellement des échanges entre la MDPH et les partenaires extérieurs. Certains ont expliqué qu’avant la rencontre ils avaient le sentiment que la MDPH était une structure très complexe et loin de leurs pratiques, et que ce sentiment de distanciation s’était amoindri.

ANALYSE ET DISCUSSION

Les échanges entre les membres de la MDPH et les professionnels extérieurs sont limités par le manque de temps, la difficulté à identifier des interlocuteurs et la méconnaissance mutuelle. En effet, les coordonnées directes des professionnels des MDPH ne sont pas toujours diffusées et il peut être chronophage de les rechercher en contactant la MDPH de son département. D’autre part, les professionnels de la MDPH exercent dans la totalité de leur département : ils ont donc de nombreux déplacements à effectuer et beaucoup de demandes à traiter avec des effectifs restreints. Du fait de cette charge de travail importante, il leur est impossible de contacter tous les professionnels et établissements du territoire pour entamer des échanges. Du fait de leur pratique qui s’éloigne de l’accompagnement régulier des usagers, ils peuvent se trouver « déconnectés » des problématiques rencontrées par leurs confrères. Enfin, beaucoup de professionnels ne connaissent pas le fonctionnement des MDPH. Ce manque de compréhension mutuelle crée parfois un sentiment de fracture entre les professionnels extérieurs et la MDPH.

L’intervention mise en place en Seine-Maritime invite à s’interroger sur les impacts de cette collaboration et sur les moyens de la favoriser. On observe que par ces échanges les professionnels comprennent mieux les éléments clés de la constitution d’un dossier et les étapes de traitement des demandes. Ceci permet de développer l’accompagnement des usagers et de pouvoir les conseiller au mieux avant d’entamer ces démarches. Si les dossiers sont plus complets, l’équipe pluridisciplinaire de la MDPH aura une meilleure compréhension de la situation de la personne et mettra en place des solutions adaptées. Les bénéficiaires accèdent alors plus facilement aux aides pour lesquelles ils sont éligibles, avec un délai de traitement de leur demande réduit. La collaboration entre les professionnels extérieurs et les membres de la MDPH favorise également une recherche de solutions enrichies par différents regards et connaissances techniques. Ces échanges font remonter les évolutions souhaitées concernant les prestations et démarches des MDPH.

Il existe plusieurs possibilités pour développer ces échanges : favoriser la communication en multipliant les prises de contacts individuelles, organiser des temps d’échanges collectifs ou renforcer la formation initiale des professionnels sur les MDPH. Néanmoins, les aides proposées évoluent dans le temps et il est nécessaire de se tenir informé des nouvelles réformes. Il est possible d’envisager le développement de la formation continue en proposant des formations dans chaque département par les professionnels de la MDPH ou par le biais de l’ANFE. Il serait également pertinent de mettre en place des synthèses annuelles des modifications des droits et prestations proposées sur les sites internet de la MDPH ou de la CNSA. Enfin, l’ouverture d’un répertoire des ergothérapeutes avec leurs coordonnées compenserait en partie les difficultés actuelles.

CONCLUSION

L’intervention mise en place a favorisé la communication entre les ergothérapeutes externes et les professionnels de la MDPH. Chaque entité a exprimé ses difficultés et a posé des questions.

La connaissance mutuelle et le partage d’informations permettent de proposer un meilleur accompagnement des bénéficiaires et de leur entourage. Seront également raccourcis les délais de traitement des dossiers et l’accès aux financements pourra donc accélérer. De plus, l’enrichissement des dossiers de demande avec davantage d’informations sur la situation de la personne et ses difficultés amélioreront la qualité de la détermination de l’éligibilité. Indirectement, ceci facilitera la mise en place de l’AEEH ou de la PCH. Enfin, les professionnels de la MDPH enrichiront leurs analyses de retours des professionnels externes, notamment dans le cadre des demandes de matériel pédagogique adapté.

L’expérience sera renouvelée auprès d’ergothérapeutes exerçant auprès d’adultes ou de personnes âgées, comme auprès d’autres partenaires externes. Cette volonté de communication et de partage d’information sera poursuivie par la poursuite d’interventions sur la MDPH dans le programme de la formation initiale de l’Institut de formation en ergothérapie de Rouen.

Références bibliographiques

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CNSA. (2021) Votre MDPH, Votre avis. Résultat de l’enquête nationale au 31 décembre 2020. Consulté le 22 janvier 2022 sur https://cnsa.fr/documentation/cnsa_resultats_enquete_mesure_de_satisfation_des_usagers_des_mdph_2020.pdf

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Desbonnets, C. (2009). Ressenti des médecins généralistes concernant le certificat médical MDPH [Thèse pour le doctorat de médecine]. Université de Picardie Jules-Verne, faculté de médecine d’Amiens.

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Vannetzel, L. (2015). Le GEVA, suivons le guide ? Communications présentées lors du colloque Handicap de l’enfant et de l’adolescent : psychologie, évaluation et MDPH, Paris.

 

Pour référencer cet article

Legendre-Lepinoy, C. (2022). Échanges entre la MDPH et les ergothérapeutes ; un lien nécessaire pour favoriser l’accès aux aides techniques ? ErgOThérapies, 86, 45-51.

 


Article rédigé par :
  • Charline Legendre-Lepinoy

    Ergothérapeute DE
    MDPH de Seine-Maritime
    charline-legendre@live.fr


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