Annexe 8 Entretien avec l’ergothérapeute

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Annexe VIII : entretien avec l’ergothérapeute

 

Date de l’entretien : 13/04/2015
Temps de l’entretien : 0 h 19 min 1 s

 

C.S : Qu’est-ce que sont, selon toi, les habiletés sociales ?
E : Les habiletés sociales c’est les aptitudes de chacun dans la société. C’est comment une personne communique, échange et atteint ses objectifs en allant chez le boulanger, en allant chercher un billet de train… Enfin, tout ce qu’il va faire dans sa vie quotidienne où il faut communiquer, écouter l’autre et demander une information, régler un problème et ce genre de choses.

 

C.S : D’après toi, quelle est la spécificité de l’ergothérapeute dans la prise en charge des troubles du comportement des cérébrolésés ?
E : La spécificité de l’ergothérapeute, ce serait peut-être de trouver des stratégies pour pallier des difficultés de comportement. Je vais donner des exemples parce que…
Puis alors des difficultés de comportement ou troubles de la communication ?

 

C.S : Non, au niveau du comportement.
E : Troubles du comportement. Par exemple, chez les traumatisés crâniens, il y a beaucoup de défauts de contrôle, ça va souvent être des défauts de contrôle.
Dans un premier temps, ça va être d’aider la personne à les identifier et ensuite d’essayer de mettre quelque chose en place pour éviter qu’ils apparaissent. Mais du coup qui s’expriment peut-être autrement. Moi, ça m’est arrivé à certains patients de conseiller d’avoir un punching-ball chez eux, car quand ils ne sont pas bien, c’est là qu’ils déchargent leur énergie. Après, la spécificité de l’ergo, c’est le moyen de compensation. Donc… je dirais que l’on peut agir comme ça auprès de la personne qui a des troubles du comportement. Maintenant c’est aussi une prise en charge d’équipe avec un cadre institutionnel qui peut permettre d’atténuer le trouble du comportement, mais maintenant ça va pas permettre à la personne… enfin le cadre va pas être présent dans la vie sociale, du coup, nous ici à l’UEROS, ça va peut-être aussi d’aider la personne à choisir un milieu adapté à des difficultés éventuelles de comportement.

 

C.S : D’accord.
E : Peut-être aussi d’informer l’entourage, mais je sais pas si c’est vraiment la spécificité de l’ergo.

 

C.S : Penses-tu que l’activité groupale a un intérêt pour développer des compétences sociales chez ces personnes ?
E : Je vois pas comment on pourrait faire sans le groupe puisque la société c’est une interaction avec d’autres personnes et souvent plusieurs. Donc le groupe a un intérêt important je trouve.

 

C.S : Est-ce que le médiateur du jeu et plus spécifiquement du jeu scénique, ce que l’on a expérimenté en atelier, ça peut aussi avoir un intérêt pour développer des compétences sociales ?
E : Le jeu scénique, il a l’avantage d’être très proche de la vie réelle dans le sens où l’on demande de rejouer des scènes et notamment des scènes qui se sont passées dans la vie quotidienne. Donc en ça, oui. Après ça peut se faire dans d’autres ateliers où il y a de la communication. Le jeu scénique, on leur demande de rejouer une situation réelle qu’ils ont vécue ou qu’ils ont vue et du coup au niveau du transfert des acquis on est presque… enfin on n’est pas directement dans la société… mais on y est proche en tout cas.

 

C.S : As-tu remarqué des changements de comportement chez les participants, notamment chez Monsieur M. (stagiaire 1) au sein de l’atelier ?
E : Il était plus à l’aise je pense, oui. Après, ça c’est fait progressivement. Le degré de l’exercice, ça a pas toujours été le même et c’était de plus en plus élevé et son comportement à lui, il était… identique voir mieux. Et avec un degré d’exercice qui augmente, ça veut dire que son comportement a aussi beaucoup évolué. Il y a des exercices où il était plus à l’aise je pense. Lui pouvait le dire en tout cas. Et je crois que c’est surtout ça qui est le plus important, c’est comment la personne se sent. Car c’est pas toujours visible.
En tout cas, à tous, je pense que ça leur a permis de créer du lien avec les autres stagiaires qui n’étaient pas forcement là [dans l’atelier « Habiletés sociales »]. Et ils ont pu tous, je pense, identifier des choses chez leurs collègues qu’ils ont pu transposer en dehors de l’atelier, notamment au niveau de l’attention à l’autre, d’observer les progrès chez les autres et tout ça. Ça on en a entendu parler de leur part et ça je pense qu’ils en ont pris conscience dans d’autres ateliers (de l’UEROS) grâce à l’atelier « Habiletés sociales » je pense.

 

C.S : Oui, c’est dans l’ensemble des activités, le fait que cet atelier soit ajouté aux autres…
E : C’est-à-dire que dans l’atelier « Habiletés sociales », on leur demande d’être en lien, de créer des relations et c’est cette création qui a permis d’autres échanges dans d’autres ateliers je pense. En tout cas, je pense qu’ils ont tous pu en témoigner et ça s’est vu.

 

C.S : Et concernant Monsieur B. (stagiaire 2) ?
E : Au niveau de l’évolution, c’est pas facile, je sais pas trop. Ce qui est certain pour lui c’est qu’il a beaucoup aimé l’atelier. Je crois que… enfin, c’est des observations qualitatives, je sais pas si elles sont réelles, mais… à prendre confiance en lui je dirais. On le sent quand même dans son investissement qui était très très important. Du coup, ça l’a aidé en ça. Il était peut-être plus à l’aise, mais comme tous en fait…
Dans tous les cas, vu l’implication de chacun dans l’atelier, ils avaient tous envie de venir, on entendait dans le couloir. Les groupes d’après ont eu envie de participer à cet atelier. Clairement on sent une motivation et ça, la motivation, elle n’est pas anodine. C’est que ça leur apporte quelque chose quoi.

 

C.S : Et puis concernant Mme M. (stagiaire 3), et Mme D., est-ce que tu as remarqué quelque chose ?
E : Mme M. on a vu une progression, elle était plus à l’aise à la fin. Je pense que ça a permis de la valoriser. Notamment quand elle a dû expliquer un exercice, elle a donné des explications très claires. Et ça nous a permis, à nous aussi, de voir en plus qu’elle pouvait s’exprimer clairement ce qui n’est pas toujours le cas. Elle se souvenait de tout malgré ses difficultés de mémoire. Elle a donné beaucoup d’éléments…
Et Mme D. on a clairement vu une évolution qui a été identifiée par les autres. Clairement et elle le disait dans ses gestes (réf. à l’exercice du « Cercle des prénoms ») que ça n’allait pas et à la fin de la séance, ça allait encore moins bien alors que sur les 3, 4 dernières séances ça allait beaucoup mieux. On a senti qu’elle était ouverte et plus épanouie même si elle devait se mettre en scène. Elle avait des retours positifs, même si il lui faut du positif plus, plus, plus. Là c’est du positif qui pouvait être agréable pour elle, je pense. Je crois qu’implicitement ça a dû lui permettre de réfléchir à la relation à l’autre. En tout cas c’était visible et elle a impressionné certains de ses collègues.
Et ça même si c’est… Car il y a à la fois ce que les autres lui disent, et à la fois le fait qu’elle ait impressionné tout le monde. Elle l’a ressenti de manière implicite. Et ça c’est mieux que les paroles. Enfin, qu’elle s’aperçoive qu’elle impressionne quelqu’un c’est… une valorisation qui lui paraît sûrement plus vrai.

 

C.S : La présence d’une ergothérapeute te semble-t-elle justifiée dans le cadre d’ateliers d’expressions scéniques ? Que penses-tu de ce cadre et des objectifs ?
E : Je pense que ça peut concerner plusieurs professionnels. Je pense qu’à l’UEROS il y a un besoin en terme d’amélioration de la communication et dans le sens où l’on fait de la réinsertion sociale et professionnelle, je pense que oui, un atelier comme ça c’est très important. L’ergo peut y participer en fonction de ses compétences. Car de toute façon on est dans un domaine bien spécifique, la communication dans le quotidien c’est des activités de la vie quotidienne, on est dans le concret, on est dans le jeu. Je pense que pour ces raisons-là, l’ergo peut avoir sa place. Je trouve que c’est un atelier à mener en pluri-professionnel, que ce soit la neuropsy qui peut apporter des connaissances sur la cognition sociale, ou la psy en terme de… (Elle cherche)

 

C.S : Image de soi, estime…
E : Voilà. Après, c’est aussi un travail de communication. Donc je pense que ça pourrait aussi être intéressant de travailler avec la personne qui est sur la communication. Mais c’est un atelier qui, je pense, se fait en collaboration. En tout cas dans une structure comme ça, c’est pertinent. Oui. Ça peut améliorer l’autonomie de la personne dans son quotidien, et dans la communication. Ça fait bien partie des tâches complexes de la vie quotidienne.

 

C.S : J’ai constaté que ce groupe pouvait peut-être améliorer la participation sociale de la personne puisqu’elle est entrée dans une dynamique de motivation à produire des choses vers l’extérieur.
E : Tout à fait. Enfin, la participation sociale, c’est le fait d’être plus actif dans la société ?

 

C.S : Oui.
E : Ben oui, c’est sûr. À partir du moment où on améliore la communication, on participe aussi à ça. Là effectivement ce qui a eu en plus et que tu n’avais peut-être pas prévu c’est que ces personnes ont envie de poursuivre cet atelier dans leur vie sociale à eux. Oui donc la participation sociale ça l’améliore dans ce cadre-là, oui. Tout à fait.

 

C.S : Voilà, est-ce que tu as autre chose à ajouter ou donner tes impressions sur les 10 séances ?
E : J’ai envie de te dire bon courage pour analyser tout ça ! (rires)

 


Article rédigé par :
  • Christelle SATTI

    Ergothérapeute
    MAS NORD 92
    Villeneuve La Garenne
    christelle.satti@gmail.com


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