Annexe 7 Entretien Stagiaire 1

J’aime Ne bougez pas Je n’aime plus
 
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Annexe VII : entretien Stagiaire 1

 

Date de l’entretien : 07/04/2015
Temps de l’entretien : 0 h 22 min 35 s

 

C.S. : Vous avez participé au groupe « habiletés sociales » depuis le 28 janvier. Au départ, nous vous avions expliqué en première séance ce que ça allait être. Vous attendiez-vous à ce type d’atelier ?
S1 : Au début, pas vraiment. En fait je ne m’attendais pas à grand-chose. Je savais pas trop et finalement oui c’était bien.

 

C.S. : Qu’est-ce que vous avez apprécié ? Que vous a apporté cet atelier ?
S1 : Ben, le fait qu’on sorte un peu de nous-mêmes. Même si parfois c’est difficile. Mais donner un peu quoi, sortir de nous-mêmes et inventer des choses. Utiliser l’imagination et surtout les rapports… ne plus être trop individualiste, c’est pas le but. Et c’est surtout ça que ça m’a apporté en fait.

 

C.S. : Au niveau du groupe alors ?
S1 : Oui, oui, oui. Oui c’est très bien de faire ça en groupe.

 

C.S. : Est-ce que vous avez découvert chez vous de nouvelles capacités ?
S1 : Non, mais il y a des choses qui sont enfouies parce que je suis sociable. Je me suis aperçu que j’étais encore sociable. Avec des hauts et des bas. Mais là ça m’a fait percevoir ça. Ce côté social chez moi, il vient quand il y a plusieurs personnes. Sinon je suis assez pessimiste sur mon cas en matière de sociabilité. Mais là quand il y a plusieurs personnes, il faut que ça bouge.

 

C.S. : Le groupe vous aidait ? Vous portait ?
S1 : Oui, ça me stimulait.

 

C.S. : D’accord. Est-ce qu’il y a des choses que vous ne faisiez pas à l’atelier et que vous faites maintenant ?
S1 : Disons qu’il y a des choses que j’avais perdues. Car quand j’étais ado et même jeune adulte, j’étais bien comme ça, j’aimais être en groupe, sortir et faire des trucs quoi. Et ça, je l’ai perdu, je suis devenu un peu plus individualiste avec le temps. Et j’ai redécouvert là cette notion de sociabilité. Et en même temps, un côté ado qui est remonté. Quelque chose qui est revenu. Une espèce de façon de communiquer avec les autres qui est beaucoup plus facile que de mettre des barrières tout le temps.

 

C.S. : À votre avis, est-ce que vous pourriez dire que c’est uniquement le travail en groupe qui a permis de retrouver ce que vous dites ou est-ce que c’est les jeux scéniques ?
S1 : Ah bah, c’est les jeux aussi. Car s’il y avait eu que les personnes et rien, je me serais vite embêté. Au début ça a toujours été un peu difficile. Mais euh, pour moi, il fallait y aller, ça, c’est clair.

 

C.S. : C’était de vous lancer qui était compliqué ?
S1 : Oui, parce que si je l’avais pas fait, j’aurais été frustré quelque part. Alors là je l’ai fait, peut-être un peu brouillon au départ, mais je l’ai fait quoi.

 

C.S. : Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
S1 : Un peu dans tout, car je suis très timide et très renfermé aussi, bien que je sois… enfin bref c’est très compliqué… Mais il faut que j’y aille quoi, car j’ai pas envie de rester dans cet état-là. Comme il y a des jeux, enfin, des choses à jouer, il fallait s’investir selon moi, car si on ne s’investissait pas c’était pas la peine de venir.

 

C.S. : Donc vous avez eu le sentiment d’être investi dans l’atelier et de donner beaucoup ?
S1 : Ah oui, de donner beaucoup, surtout de partager. Et puis surtout moi, ce qui m’angoissait un petit peu c’est que tout le monde ne se mette pas, ne se donne pas comme ça. Et finalement tout le monde a bien fait le truc.

 

C.S. : Pensez-vous que certains exercices pourront vous servir dans votre vie quotidienne ? Si oui lesquels et comment ?
S1 : Oui, l’exercice de dire son nom, surtout avec une voix qui soit compréhensible. Sans avoir les yeux baissés, directement. Ça m’a aidé beaucoup.

 

C.S. : En quoi ça vous a aidé ? Vous avez pu l’appliquer ailleurs ?
S1 : Ouais, disons un peu trop même, au début. Je disais bonjour à tout le monde, (il fait référence à l’exercice en séance 1 où ils devaient marcher dans l’espace et se croiser du regard pour se dire bonjour,) Non, mais… Oui, ça m’a aidé. Même si des fois je retrouve un peu mon renfermement, ça m’a aidé. Ça m’a donné une piste en me disant que je suis pas quelqu’un de renfermé. En plus c’était (l’atelier) le moyen pour moi de laisser un peu les problèmes de la vie. Vraiment c’était quelque chose… C’était bien quoi, c’était plaisant.

 

C.S. : Est-ce qu’après l’atelier vous avez l’impression de participer plus dans votre vie quotidienne à des discussions, des activités avec d’autres personnes ? Ou c’est la même chose ?
S1 : Non, ça change maintenant. Parce que depuis… enfin, j’étais comme ça avant. Il y a eu une période un peu de flottement et maintenant je redeviens comme ça. Et non, c’est bien, je m’ouvre un peu plus aux autres. Là où les autres ne m’intéressaient pas plus que ça avant, là si, je suis plus… ça a relancé la machine. C’est-à-dire que j’étais un peu comme ça déjà avant, mais ça a relancé la machine, car depuis sept ans c’était plus trop ça.

 

C.S. : Avez-vous échangé avec vos proches et/ou votre famille sur ce que vous pratiquiez dans cet atelier ?
S1 : Pas vraiment. J’ai dit un peu à ma femme ce que je faisais, mais très peu, j’ai surtout pris ça pour moi. Je pense que, que ce soit Monsieur X ou…, on a tous fait ça, je pense. On a pris ça pour un acquis pour nous, mais on n’a pas trop partagé aux autres. Entre nous si on en a parlé. Mais aux autres, non pas trop.

 

C.S. : Donc, volontairement, vous ne souhaitiez pas en parler ?
S1 : Oui, car nous étions dès le départ un groupe qui fonctionnait bien. Donc là on a gardé ça dans le groupe et puis on ne parlait pas trop de ça. Enfin avec ma femme je lui disais ce que ça m’apporte, mais on racontait pas ce que l’on faisait vraiment.
Mais là où j’ai trouvé un truc, au début je pensais pas que je pouvais être quelqu’un qui pourrait aller sur scène et faire des trucs, mais finalement si. Parce que j’avais plein de complexes par rapport à ma rougeur, par rapport à plein de choses, mais quand on y va, on y va. C’est aussi la maturité qui a fait ça, car avant c’était plus difficile.
Là ça a été plus facile.

 

C.S. : Avez-vous le sentiment que votre comportement a changé ?
S1 : Oui et ça change encore maintenant. Il y a toujours cette façon de voir qui fait que je sais que je peux être comme ça. Et il y a un côté de moi qui peut être trop expansif aussi, faut que je fasse attention à ça. Quand je me lance, je peux aller… des fois il faut m’arrêter. Et là, j’ai réussi à réguler un peu les choses quoi. Donc c’est pas mal.

 

C.S. : Vous vous êtes aperçu de ça quand vous discutiez ?
S1 : Je coupe beaucoup moins la parole quand je discute. Je suis plus à l’écoute. Je me suis aperçu au tout début de l’atelier que je n’étais pas à l’écoute du tout. Je pensais un truc, je le faisais, sans penser à ce que les autres peuvent en tirer. Et là les dernières fois non, c’était plus groupe quoi.

 

C.S. : Ce travail de groupe vous a-t-il aidé dans votre projet à l’UEROS ? Si oui, comment ?
S1 : Oui.

 

C.S. : À élaborer un projet ? En quoi ça vous a aidé ?
S1 : Déjà à faire les deux stages que j’ai faits. Comme je suis plutôt… enfin, je vous l’ai dit, j’y allais un peu à reculons. Un peu fermé, mais en fait comme ça s’est bien passé dès le début, je me suis tout à fait ouvert et ça m’a aidé à ça et je pense que… oui. Moi j’ai découvert quelque chose, le fait de faire du théâtre entre guillemets, des situations comme ça, moi ça m’a aidé à surmonter ma timidité, mon bégaiement des fois… enfin plein de choses. Je me suis dit : vraiment ce coup-là vas-y.

 

C.S. : Et sur vos terrains de stage ?
S1 : Disons que j’ai retrouvé un peu dans le deuxième stage surtout parce que bon… il y a avait une personne déprimée, qui avait des problèmes. Disons que, j’ai pas aidé, j’ai pas été en empathie, mais presque. C’était vraiment…

 

C.S. : Vous avez cherché à comprendre la personne ?
S1 : Oui, et je me suis aperçu que les autres ne comprenaient pas vraiment non plus. Enfin c’était pas mal quoi, j’ai fait un travail. À tel point que la personne, le responsable qui était un angoissé notoire, il aimait bien que je sois là. Donc, quand j’ai arrêté, il était pas bien, il m’a demandé : « Tu reviens quand ? » Il y a plusieurs personnes qui m’ont demandé ça. Alors ça m’étonne. Enfin ça m’étonne moins maintenant, mais ça m’a toujours étonné ça.

 

C.S. : Est-ce que vous pensez que le travail que l’on a fait en groupe « Habiletés sociales » pourrait se comparer à votre travail d’équipe sur votre lieu de stage ?
S1 : Oui, je pense qu’il doit y avoir des rapports. Le fait de s’investir, comme je le faisais ici et je le faisais en stage aussi, et c’est un peu la même démarche.
Voilà, ça m’a aidé. Humainement, ça m’a aidé.

 

C.S. : Est-ce que vous avez pris du plaisir à venir et faire ?
S1 : Pas tout le temps. Au début même si je faisais un peu le malin, pas vraiment, mais les dernières séances oui.

 

C.S. : Pourquoi pas vraiment ?
S1 : Parce que la timidité, savoir que l’on allait passer devant tout le monde… D’ailleurs ça a dû se voir, car j’étais pas dans le jeu du tout. Mais le dernier que l’on a fait, la dernière séance faite devant tout le monde, là je savais pas du tout ce que ça allait donner et ça c’est très bien passé. Donc voilà. Donc pour moi cette dernière séance, c’était un peu l’aboutissement de toutes ces séances. J’ai bien fait de venir tout le temps. Parce que si j’avais abandonné au moment où j’étais pas très bien, je n’aurais pas tiré ce que j’en ai tiré.

 

C.S. : Si vous deviez retenir une chose sur les 10 séances, qu’est-ce que ce serait ?
S1 : La dernière. Parce que tout notre travail, je ne suis pas le seul je pense, on a tous progressé. Car la dernière, c’était vraiment un aboutissement. On est arrivé avec A. et T. à faire ce qu’on voulait. Alors qu’avant on définissait quelque chose, mais on n’y arrivait pas. J’allais trop vite. Tandis que la dernière fois c’était épanoui donc c’est vraiment l’aboutissement.

 

C.S. : Vous étiez satisfaits tous ensemble de ce que vous aviez produit ?
S1 : Oui, alors que j’étais inquiet au début en me disant si ça se trouve je vais foirer complètement alors que pas du tout en fait.

 

C.S. : Vous avez apprécié que d’autres formateurs viennent participer et assister à la dernière séance ?
S1 : Ben ça a été en plusieurs étapes. Quand vous nous l’avez dit, et proposé j’ai dit oui. Après j’étais toujours un peu inquiet et angoissé et puis juste avant je me suis dit pourquoi : j’ai dit oui, enfin, pourquoi on a dit oui ?
Et en fait, on y est allé et ça c’est très bien passé. En fait, le résultat… j’avais pas l’idée de ce que ça pourrait être et c’est pour ça que j’étais un peu angoissé avant, mais en fait c’était vraiment bien et même ça a dépassé ce que je pensais quoi.

 

C.S. : Je suis ravie aussi que vous ayez participé jusqu’au bout à l’atelier…
S1 : Oui, c’est ce que je me suis dit, car j’avais été tenté à un moment donné d’arrêter. Et je l’aurais fait.

 

C.S. : Et pourquoi ?
S1 : Parce que je me sentais… dans les saynètes je me sentais pas terrible. Le fait de me donner en spectacle. Je pensais que je ratais tout.
Mais à la dernière séance je me suis dit que ça peut marcher. Et heureusement, car je n’aurais pas connu tout ça.

 

C.S. : Qu’est-ce qui a fait que vous êtes revenu ? Que vous avez persévéré ?
S1 : Je sais pas c’est une espèce de positivisme. Et surtout les gens du groupe, ils m’ont encouragé à revenir.
Donc ça a été une belle expérience. Alors qu’au début, je vous cache pas que l’on prenait ça pour un espace détente, alors qu’en fait pas du tout. Après certaines séances j’étais fatigué, car il avait fallu donner… Mais j’adore ça.
Mais faut que j’y aille. Le fait de persévérer ça veut dire, ça redevient quelque chose, de continuer.

 

C.S. : Vous voulez ajouter quelque chose ?
S1 : Je pensais aller à un cours de théâtre avec Antoine pour voir ce que c’était. Je pense que je vais le faire. Donc je vais rejoindre Antoine et avec Claude aussi pour aller voir ce que c’est. Et puis après, on verra bien.
Tout seul j’y serais pas allé, mais quand j’ai su qu’Antoine irait et que Claude voulait y aller, je me suis dit qu’on ira.

 

C.S. : Très bien.
S1 : Ça nous a donné l’envie de communiquer, l’envie de pas tout le temps se recroqueviller sur soi-même.
J’y allais, car quelque part, pour ma part, ça m’a questionné. Je me suis dit : continue d’y aller, car là, tu vois un peu les barrières que tu as et si ça peut les entrouvrir on verra bien et ça a marché. Et ça ne marchera pas tout le temps, mais au moins je sais que ça peut le faire. Déjà c’est un point positif.

 

C.S. : Bravo.
S1 : J’essaie de voir en positif maintenant depuis l’accident. Au niveau du groupe ça m’a appris à être respectueux avec ceux que j’ai moins tendance à respecter. Je sais qu’il y a quelques années de ça, j’aurais été plus virulent avec certaines personnes alors que là… je suis plus plaisant.

Je pense que le message est bien passé. Car je trouve que Claude, Sandy et même Karima, je trouvais qu’il y avait des progrès chez eux à chaque fois. Donc je pense que ça a été positif. Ça a été bénéfique. C’est dommage, on devrait avoir ça toutes les semaines, tout le temps maintenant. (rires)

 

C.S. : C’est difficile par rapport à la structure et aux différentes entrées de vous faire poursuivre…
S1 : Et puis j’ai bien aimé, par exemple le jeu de l’aveugle. J’étais avec Pascale, j’en ai tiré beaucoup de satisfaction, j’ai montré que j’avais confiance en elle et elle, a montré, et j’ai senti, qu’elle avait confiance en moi. C’était vraiment un échange sans mots donc c’était vraiment très bien. Avec toute la difficulté que ça impliquait, car elle a de gros problèmes physiques quoi. Donc tout ça, ça m’a… rappelé un peu bizarrement le métier que je faisais avant : ambulancier. Un petit peu avec en plus tout ce qu’il y a de ludique.

 

C.S. : Dans le métier d’accompagnement ?
S1 : Oui, et surtout il y en avait pas un plus fort qu’un autre.

 

(Fin de l’entretien)


Article rédigé par :
  • Christelle SATTI

    Ergothérapeute
    MAS NORD 92
    Villeneuve La Garenne
    christelle.satti@gmail.com


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