L’activité physique, cible de l’intervention ergothérapique auprès de la personne ayant présenté un traumatisme crânio-cérébral léger

Physical activity, an occupational therapy intervention target for mild traumatic brain injury

J’aime Ne bougez pas Je n’aime plus
 
2

Summary :

Mild traumatic brain injury (MTBI) is a public health issue not only because of its prevalence but also because it is estimated that 15% of people will sustain persistent post-concussion symptoms (PCS). The role of the occupational therapist with this population appears to be the evaluation of either the disorder’s or the intervention’s impact on the individual, and the models in occupation science prove to be the most useful instruments for objectifying the PCS. On the one hand, the deteriorations of the occupational status seem to be a decreasing factor of the competence feeling which can lead to the symptoms’ persistence. On the other hand, occupational therapists’ interventions with this population mean to introduce the performance of former activities progressively. Therefore, they depend on an activity-based plan as therapeutic means. Considering the dimensions impacted in the individuals with MTBI, physical activity seems to have the appropriate therapeutic potential. In fact, it can restore the feeling of competence through personal efficiency, which will improve self-esteem, well-being and quality of life.

INTRODUCTION

Le traumatisme crânio-cérébral léger (TCCL) et la persistance des symptômes post-commotionnels (SPC) représentent un enjeu de santé publique. En effet, leur prévalence est majeure. Sur l’ensemble des 155 000 traumatisés crâniens de toute gravité recensés en France (Masson et al., 1998), 80 % sont des traumatismes crânien légers, parmi lesquels 30 % gardent des symptômes à 3 mois et 15 % à un an, soit 15 000 patients par an (Raphaël, 2014). De plus, il n’existe pas de réel consensus établi aussi bien sur la compréhension de l’origine des troubles que sur un protocole de prise en charge. Cela est responsable de parcours de soin chaotiques à l’origine d’errances médicales.

Au début du xxie siècle, le TCCL dans le sport est devenu un sujet d’intérêt public aux États-Unis. Cette prise de conscience survient autour du sport national nord-américain qu’est le football américain et donne lieu à la “crise de la commotion”, menant à une augmentation importante des considérations cliniques et de la littérature scientifique sur le sujet (Harrisson, 2014). Il a toujours été observé une différence dans la qualité du parcours de récupération entre des sujets ayant subi un TCCL dans le cadre du sport et la population générale, avec des sportifs dont le niveau de plainte est moindre et dont la récupération est plus rapide que dans la population civile (D’Lauro et al., 2018). Les hypothèses proposées pour expliquer ces différences de récupération sont que les sportifs souhaitant reprendre la compétition le plus vite possible ont tendance à minimiser leurs difficultés. Toutefois, cette explication semble peu satisfaisante, car elle omet le potentiel thérapeutique de l’activité physique.

En effet, les liens entre l’activité physique et la santé sont clairement établis (OMS, 2010, HAS, 2019). Il est aujourd’hui admis que la pratique d’une activité physique agit directement sur la santé et permet d’accroître la durée de vie (Diman, 2016), d’améliorer la santé mentale et la qualité de vie (Cavada et al., 2012), et de promouvoir la résilience après un traumatisme quel qu’il soit (Galli et Gonzales, 2015). La question de l’activité physique comme moyen de résilience ouvre sur un champ de considérations cliniques novatrices concernant le potentiel thérapeutique de cette activité dans le parcours de récupération post-commotionnelle. L’ambition de cet article est d’identifier dans quelles mesures l’activité physique constitue un moyen thérapeutique favorisant la récupération post-TCCL, afin de proposer des pistes d’intervention en ergothérapie et de les illustrer par un cas clinique.

SITUATION ET CONTEXTE

Le traumatisme crânio-cérébral léger (TCCL)

Le traumatisme crânio-cérébral léger, encore appelé « commotion cérébrale », désigne un événement neurophysiologique grave résultant d’un coup ou autre force mécanique à la tête, à la nuque ou au corps par un mouvement contondant qui se répercute jusqu’au cerveau, comme un soudain mouvement d’accélération, de décélération ou de rotation de la tête (ONF, 2018). Il se différencie des autres niveaux de gravité de traumatisme crânien par ses critères cliniques (score de Glasgow entre 13 et 15 et l’un des éléments suivant : perte de connaissance inférieure à 30 minutes, amnésie post-traumatique inférieure à 24 heures et toute anomalie post-traumatique transitoire du fonctionnement mental [OMS, 2004]), mais aussi par ses conséquences moindres sur la vie des individus.

Bien qu’il soit qualifié de léger, avec un taux de mortalité compris entre 0 à 0,9 % (Gennarelli, 1994) et 5 % de lésions intracrâniennes (Holm et al., 2005), le TCCL est loin d’être négligeable. En effet, la plupart des individus ayant subi un TCCL vont rencontrer une période symptomatique.

Les symptômes post-commotionnels (SPC)

Regroupés parfois sous le nom de syndrome post-traumatique ou post-commotionnel, cet ensemble de symptômes porte sur trois dimensions : somatique, cognitive et comportementale/émotionnelle. Selon Willer et Leddy (2006), les symptômes somatiques le plus souvent rencontrés sont : des céphalées, des nausées/vomissements, des difficultés visuelles, une photosensibilité ou une sensibilité au bruit ainsi que des acouphènes. Les symptômes cognitifs sont caractérisés par des difficultés mnésiques, des difficultés de concentration, une sensation d’être dans le brouillard, hébété ou encore ralenti. Les symptômes comportementaux/émotionnels sont définis par des troubles du sommeil avec des difficultés à s’endormir ou une hypersomnie, une fatigabilité, une irritabilité, un sentiment de tristesse voire une dépression, et une anxiété.

Les SPC disparaissent en quelques jours, semaines, voire après plusieurs mois. Toutefois, pour 15 à 20 % d’entre eux, ces symptômes persistent au-delà de trois mois et perturbent le travail comme les activités (Ponsford et al., 2012). La persistance des symptômes n’est pas seulement due à la gravité initiale de l’accident et son origine, mais aussi à d’autres facteurs personnels, réactionnels et environnementaux. De récentes études s’accordent à dire que la per­sistance des troubles s’explique par l’interaction de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux (fig. 1). Cnossen et al. (2017) et Caplain (2017) insistent sur le caractère multidimensionnel des facteurs de risque de persistance des troubles, insistant sur la dimension subjective.

Le TCCL a souvent été qualifié de « syndrome subjectif du TCCL », car les perturbations sont rarement objectivables (imagerie cérébrale négative). Face au manque de données cliniques permettant d’objectiver ces SPC, c’est leur impact sur la vie quotidienne des personnes qui va permettre de qualifier et quantifier les troubles.

Les conséquences des symptômes post-commotionnels

La constellation des symptômes éprouvés dans les suites d’un TCCL affecte la participation aux activités et les rôles sociaux (Cooksley et al., 2018). Évaluer les modifications des occupations et leurs conséquen­ces sur le vécu subjectif de la personne permet ainsi de comprendre l’ensemble des altérations post-commotionnelles.

L’impact des SPC sur la performance occupationnelle du sujet TCCL

Le modèle Personne-Environnement-Occupation (PEO) (Law et al., 1996) offre un cadre théorique permettant de décrire l’impact des SPC sur la performance occupationnelle chez le sujet TCCL (fig.2). Il est par ailleurs à la base d’un guide d’intervention en ergothérapie auprès des TCCL (Lindstrom, Simmons, 2014). Ce modèle se sert des composantes propres à l’environnement, à l’occupation d’une personne et à la manière dont une modification dans l’un des trois domaines peut perturber la performance occupationnelle (Strong et al., 1999).

Figure 2. Modèle Personne-Environnement-Occupation (Law et al., 1996).

Le modèle PEO rassemble trois dimensions, illustrées auprès du sujet TCCL :

– la dimension personnelle : elle fait référence aux aspects propres à la personne, qu’ils soient objectivables (symptômes post-commotionnels, antécédents, comorbidités) ou subjectifs (représentation de la maladie, capacités d’adaptation, et certaines dimensions psychologiques de l’individu). La compréhension de cette dimension permet de repérer les facteurs associés à la mise en activité et à l’adaptation. Dans le cas du TCCL, il peut s’agir de mauvaises stratégies d’adaptation, de troubles cognitifs, d’un défaut de motivation.

– la dimension environnementale : il s’agit de la réalité culturelle, socio-économique, institutionnelle, physique et sociale de la personne. Ces informations aident à repérer les facteurs environnementaux favorisant l’engagement dans les occupations.

– la dimension occupationnelle : l’occupation se définit comme un groupe d’activités culturellement dénommées qui possèdent une valeur personnelle et socioculturelle et qui est le support de la participation à la société (Meyer, 2013, p. 16). Ces informations aident à repérer le degré d’importance des activités pour la personne et la façon dont elle les réalise. Ainsi, le TCCL impacte les rôles sociaux valorisés par la personne, son engagement occupationnel, ce qui affecte son équilibre occupationnel.

Le modèle PEO considère donc les dimensions personnelle, environnementale et occupationnelle comme des processus dynamiques qui interagissent et construisent la performance occupationnelle. Une perturbation de la dimension personnelle (par exem­ple la présence de SPC) impactera la dimension occupationnelle (par exemple le travail) si le contexte environnemental représente une demande dépassant ce dont la dimension personnelle est capable de « gérer ». L’individu se retrouvera alors dans l’incapacité de réaliser l’activité demandée de manière satisfaisante.

Cette dégradation progressive de la performance occupationnelle constatée chez le sujet TCCL va retentir sur d’autres aspects plus subjectifs de la dimension personnelle. Cet impact secondaire est hautement prédictif du rétablissement de l’individu. En effet, plusieurs méta-analyses s’accordent sur le fait que la persistance des troubles serait imputable à des conséquences du TCCL sur la dimension psychologique (McCrea, 2009 ; Rohling, 2012).

L’impact des SPC sur le vécu subjectif du sujet et l’apport de la psychologie

Les SPC retentissent donc sur les activités de vie quotidienne, ce qui est mesurable au travers de la performance occupationnelle. Toutefois, cette évaluation reste très fonctionnelle si elle ne tient pas compte des facteurs psychologiques propres au vécu subjectif de la personne qui vont nécessairement se répercuter sur l’ensemble de la situation clinique.

Pour Icard et al. (2011), c’est la différence entre les attentes professionnelles et les aptitudes réelles – alors que l’individu se confronte aux SPC – qui est responsable de la chute de la qualité de vie subjective des sujets TCCL. Cet écart entre attentes de performances et aptitudes réelles affecte alors négativement le sentiment d’efficacité personnelle, qui correspond à la croyance qu’a un individu de sa capacité à réaliser une tâche (Bandura, 2001).

L’efficacité personnelle est ainsi une dimension psychologique propre au vécu subjectif devant être considérée de manière systématique chez le TCCL. Plusieurs auteurs, en s’appuyant sur des modèles socio-cognitifs, s’accordent sur l’importance de con­sidérer l’efficacité personnelle comme cible prioritaire de l’évaluation et de l’intervention en ergothérapie (Kayama, Kobayashi et Thrumi, 2014 ; Dumont et al., 2005), cela car elle est hautement prédictive de la motivation (Zimmerman, 2000), de l’engagement et de la poursuite de l’activité (Sonstroem, 1998).

L’efficacité personnelle peut être conceptualisée comme une sous composante de l’estime de soi, évaluant sa propre aptitude à réaliser une tâche. Dans le modèle hiérarchique de l’estime de soi (Fox, 1997), une perturbation d’une sous composante affecte l’estime de soi globale. De ce fait, il est facilement compréhensible que chez le TCCL, une perturbation de l’efficacité personnelle puisse être à même de dégrader l’estime de soi et de la dégradation de l’estime de soi peut découler l’apparition de réactions anxieuses ou dépressives qui favorisent le désengagement (fig. 3). Le concept d’estime de soi est déterminant car il conditionne la santé, les conduites en santé, la qualité de vie et le bien-être (Brown, 1998).

Problématisation

Les symptômes post-commotionnels affectent donc la performance occupationnelle du sujet, ce qui se répercute sur la subjectivité du sujet, le sentiment de compétence et l’estime de soi. Dans quelles mesures l’ergothérapeute peut-il proposer une intervention à même de rétablir les dimensions touchées du TCCL, et quels moyens thérapeutiques va-t-il utiliser ?

INTERVENTION : POINT DE VUE THÉORIQUE

L’importance de la reprise progressive des activités auprès du sujet TCCL

Les recommandations émises dans les lignes directrices sur les TCCL (ONF, 3e édition, 2018) nous aident à construire une intervention fondée sur des données probantes. Elles insistent sur l’importance de l’éducation thérapeutique dans la gestion du TCCL, aussi bien en phase aiguë que chronique. On retrouve deux recommandations relatives à l’éducation thérapeutique promulguant la reprise progressive, qui bénéficient d’un niveau de preuve A (Annexe 1).

De notre point de vue, cette aide à la reprise progressive des activités répond aux caractéristiques d’un plan d’intervention en ergothérapie centré sur l’occupation.

Le rôle de l’ergothérapeute auprès du sujet TCCL

Afin de mieux définir le rôle de l’ergothérapeute, il faut comprendre le cadre de l’ergothérapie contemporaine. Depuis plusieurs années, on assiste à un changement de paradigme en ergothérapie, avec l’émergence de la science de l’occupation, qui décrit les relations entre l’engagement dans les occupations, la santé, le bien-être (Morel Bracq, 2018).

Les fondements de l’approche centrée sur l’occupation impliquent la participation et l’engagement de l’individu dans des occupations (WFOT, 2010), ce qui rejoint les principes d’intervention énoncés auprès des individus TCCL, qui mettent l’accent sur la participation aux activités après TCCL (McCrory et al., 2017).

Christina Finn, ergothérapeute aux États-Unis, publie en 2019 un guideline d’intervention en ergothérapie auprès des sujets TCCL, en accord avec le principe de reprise progressive des activités proposé par l’ONF (2018). Elle propose un travail collaboratif entre la personne et le thérapeute afin d’identifier les symptômes perçus et leur impact sur la performance occupationnelle, afin d’établir des stratégies permettant à l’individu de recouvrer sa participation aux occupations. Elle décrit une démarche en cinq temps (fig.4).

Le cadre théorique de l’approche centrée sur le client et fondée sur l’occupation permet à l’ergothérapeute d’être en mesure de sélectionner avec le sujet une activité signifiante et significative favorisant son engagement. Cela étant, il convient à l’ergothérapeute par son bon sens et ses connaissances cliniques de sélectionner l’activité possédant un potentiel thérapeutique adapté à l’individu, sa pathologie et l’environnement dans lequel il évolue.

Le potentiel thérapeutique de l’activité physique auprès du sujet TCCL

L’activité physique se définit comme « tout mouvement corporel produit par les muscles squelettiques, entraînant une dépense d’énergie supérieure à celle du métabolisme de repos » (HAS, 2019). Elle peut s’observer dans l’exercice d’une profession, au cours d’activités récréatives ou de loisirs, de tâches domestiques ou d’activités sportives (OMS, 2010).

De nombreuses études ont documenté le lien entre activité physique et bien-être évaluant indirectement l’amélioration des sous-composantes du bien-être que sont l’estime de soi et l’efficacité personnelle. Plusieurs revues de littérature s’accordent sur le fait que l’exercice physique agit positivement sur le bien-être de la population générale au niveau de l’état psychique (anxiété, émotions) et sur l’estime de soi (Fox, 1999 ; Peneedo et Dahn, 2005). Une méta-analyse réalisée par Netz et al. en 2005 permet aux auteurs de conclure que ce sont les effets de l’activité physique sur l’efficacité personnelle qui alimentent le bien-être en donnant un sentiment de maîtrise de soi et de valorisation.

Si l’efficacité personnelle se trouve être le vecteur au travers duquel l’activité physique restaure l’estime de soi et contribue ainsi à réduire l’intensité des réactions secondaires anxieuses et dépressives, cela conforte l’importance de considérer cette composante de manière prioritaire. Cependant, si les effets de l’activité physique sur l’estime de soi semblent reconnus, les facteurs en jeu sont divers (biochimiques, psychosociaux, psychologiques) et agissent en interaction.

Ainsi, malgré le fait que les effets de l’activité physique sur le bien-être soient bien documentés, les facteurs liés à la nature de l’activité proposée et au niveau d’effort fourni durant l’activité influençant ces effets restent mal compris. Toujours selon la méta-analyse de Netz et al. (2005), un exercice d’intensité modéré apparaît plus efficace sur le bien-être qu’un exercice d’intensité élevé. Le lien entre un niveau d’intensité modéré de l’effort et l’efficacité de l’activité physique sur le bien-être va ainsi aller dans le sens des observations formulées dans l’étude de Majerske (2008), en accord avec les préconisations sur la progressivité de la reprise des activités (ONF, 2018). De ce fait, l’activité physique, pour permettre un potentiel thérapeutique visant à améliorer l’efficacité personnelle et l’estime de soi, doit se faire par paliers évolutifs de difficultés progressives afin de s’adapter à l’évolution de la récupération spontanée des SPC.

En accord avec les considérations du guideline (ONF, 2018), l’activité physique offre alors un cadre idéal à la progressivité de la reprise d’activité. Elle permet d’échelonner l’effort, que ce soit au niveau de l’intensité (force), et de la durée (endurance).

Il est en outre possible d’expliquer l’effet de l’activité physique sur le bien-être par le fait que l’activité physique améliore le tonus musculaire, la condition physique, procurant un plaisir corporel, constituant une distraction des problèmes rencontrés en vie quotidienne, produisant de l’endorphine, de la norépinéphrine et augmentant l’action des neurotransmetteurs (dopamine, sérotonine…). Cela tout en agissant indirectement sur l’efficacité personnelle, l’estime de soi et le bien-être, ce qui réduira les réactions anxieuses et dépressives.

L’activité physique semble ainsi posséder un potentiel thérapeutique adapté pouvant restaurer les dimensions impactées chez le sujet TCCL. L’intervention de l’ergothérapeute selon une démarche centrée sur l’occupation aide à la reprise graduelle des activités, tant par son aspect progressif que par sa démarche favorisant l’engagement de la personne dans une activité ayant du sens pour elle.

INTERVENTION : ASPECTS PRATIQUES

À présent, nous allons décrire de manière pratique les étapes d’une intervention ergothérapique ciblant l’activité physique auprès du sujet TCCL. Si le modèle PEO est le plus à même de décrire l’impact des SPC, l’intervention ergothérapique ne peut s’arrêter à une simple analyse. L’Occupational Therapy Intervention Process Model (OTIPM) (Fisher, 2009) permet de guider la démarche ergothérapique dans une approche centrée sur l’occupation. Le processus d’intervention décrit s’appuie sur cette méthode ainsi que les guidelines auprès du TCCL (ONF, 2018 ; Finn, 2019). L’articulation de l’intervention est décrite de manière concrète par une étude de cas (Annexe 2).

L’évaluation ergothérapique de la personne ayant présenté un TCCL

Tout d’abord, l’ergothérapeute élabore le profil occupationnel de la personne au travers d’un entretien et d’hétéroquestionnaires. L’occupational questionnaire (Smith et al., 1986) permet de dresser un portrait qualitatif des routines occupationnelles de la personne à partir d’une journée type. La Mesure canadienne du rendement occupationnel (Law et al., 2011) permet quant à elle d’identifier les problèmes de performance occupationnelle perçus par la personne, au travers du rendement occupationnel et de la satisfaction occupationnelle, et de cibler les occupations nécessitant une intervention. L’ergothérapeute identifie ainsi l’impact des SPC sur la performance occupationnelle du sujet, et les modifications par rapport à son état antérieur.

L’évaluation des symptômes post-commotionnels est établie à l’aide d’un questionnaire spécifique aux TCCL : le Rivermead post-concussion Symptoms Questionnaire (King et al., 1995). Selon la plainte, une évaluation plus poussée des SPC et de leur impact est réalisée. Il peut s’agir d’un bilan de la douleur : échelle numérique, questionnaire de la douleur de Saint Antoine, d’un bilan plus spécifique des céphalées : questionnaire HIT-6 (Kosinski et al., 2003) ou d’une échelle de fatigue : échelle visuelle analogique, échelle Fatigue Severity Scale (Krupp et al., 1989), échelle Barrow Neurological Institute Fatigue Scale (Borgaro et al., 2004).

En outre il est nécessaire de mesurer l’impact de ces symptômes sur la subjectivité des personnes avec un outil permettant de mesurer la qualité de vie après un TCCL comme le quality of life after brain injury (Truelle et al., 2010). Le bilan psychologique vient compléter cette évaluation en permettant d’objectiver les dysfonctionnements cognitifs à la base de la plainte ainsi que les facteurs psychologiques primaires ou secondaires aux difficultés observées dans le bilan ergothérapique. Une discussion entre l’ergothérapeute et le neuropsychologue permettra d’établir un diagnostic complet mettant en avant les facteurs sur lesquels intervenir en priorité.

Par la suite, l’OTIPM suggère d’évaluer la performance occupationnelle par une observation au travers d’une mise en situation d’une occupation ciblée problématique par le sujet. Des évaluations validées et standardisées telles que l’Assessment of Motor and Process Skills (Fisher et al., 2014), ou le système d’analyse de tâche Percieve, Recall, Plan and Perform (Chapparo & Ranka, 2008), permettent d’effectuer ces analyses.

À partir de tous ces éléments, complétés des évaluations pluriprofessionnelles, l’ergothérapeute établit un diagnostic, définissant les problèmes relatifs à l’état occupationnel du sujet TCCL, et analyse les raisons des problèmes. Il met en évidence les ressources de la personne et identifie les leviers de changement (Dubois et al., 2017) (tableau 1).

Profil occupationnel

Occupational Questionnaire

Mesure canadienne du rendement occupationnel

Symptômes

Rivermead (symptômes post-commotion­nels)

Questionnaire HIT (céphalées)

Échelle Barrow neurological institute (Fatigue)

Échelle numérique de la douleur de saint Antoine (douleur)

ou autre en fonction des symptômes recueillis

Qualité de vie QOLIBRI
Performance
occupationnelle

Assessment of Motor and Process Skills

Analyse de tâche Perceive, Recall, Plan and Perform

Mesure canadienne du rendement occupationnel

Tableau 1. Évaluations ergothérapiques de l’équilibre occupationnel de la personne TCCL : synthèse des évaluations.

 

L’intervention ergothérapique dans la reprise graduelle d’une activité physique chez le TCCL

Concernant l’intervention, l’activité physique jugée problématique par le sujet est expérimentée au sein d’un cadre thérapeutique adapté à la progressivité de la reprise. L’ergothérapeute permet à la personne de se mettre en situation, en reproduisant le lieu de l’activité ou en se rendant sur le lieu même de l’activité, afin de lever les freins ou de motiver la personne à découvrir une autre façon d’être acteur de sa vie (Marchalot, 2018). Par ses compétences en analyse de l’activité et sa connaissance des symptômes de la personne, l’ergothérapeute est en mesure de guider la personne dans son choix d’activité et de l’y impliquer, mais aussi de réguler le niveau d’activité physique, tant en termes d’intensité que de durée (Lindstrom, Simmons, 2014), en fonction des SPC et de la période de récupération. Il peut s’aider d’outils tels que l’Échelle numérique de la fatigue dans l’activité (Cantin, 2014), l’Échelle de Borg à l’activité pour la perception de l’effort (Borg, 1962), l’Échelle numérique de la douleur en activité (ANAES, 1999). L’outil créé par Marion Couespel et Isabelle Marchalot et présenté dans le guide Activité physique et ergo­thérapie (Marchalot, 2018), reprend toutes ces composantes au moyen d’une grille : la Perception des activités physiques du quotidien en ergothérapie (PAPQE). Le professionnel s’assure tout au long de l’accompagnement que l’activité physique n’exacerbe pas les SPC, grâce au Rivermead post-concussion, avant de proposer au patient d’évoluer dans la progressivité de l’effort.

Ainsi, si la démarche ergothérapique permet de renforcer la motivation et l’engagement, le choix des outils d’évaluation permet à l’ergothérapeute de mieux ajuster l’environnement de l’activité et le niveau d’intensité de l’activité prescrit au niveau d’activité réalisable par le sujet sans exacerber ses symptômes. Au travers de notre recherche sur la littérature spécifique à l’activité physique thérapeutique, nous avons compris que le potentiel thérapeutique de l’activité physique ne dépendait pas du type d’activité mais de l’intensité de l’activité. C’est donc le choix des outils d’évaluation permettant de suivre et contrôler tout au long de l’accompagnement les réactions face au niveau d’intensité de l’activité physique proposée qui conditionne la réussite de l’intervention par l’activité physique. En effet, ce suivi rigoureux permet de réguler de manière optimale le niveau d’intensité prescrit et non la nature de l’activité. Le choix du type d’activité physique au cœur du plan d’intervention est quant à lui nécessairement complexe et singulier. Il dépend des éléments diagnostics, afin que le type d’activité physique soit adapté à la problématique du sujet mais aussi à son environnement (tableau 2).

Reprise graduelle

Repos

Proposer une activité physique

Plan graduel individualisé tenant compte des facteurs PEO

Adapter l’activité et l’environnement

Réévaluer

Échelle numérique de la fatigue

Douleur en activité

Perception de l’effort

Ajuster l’activité Si les symptômes s’exacerbent ou réapparaissent
Retour à la normale
Si les symptômes disparaissent, reprendre les activités

Tableau 2. Intervention : promotion de la reprise progressive de l’activité physique : synthèse des interventions.

ANALYSE ET DISCUSSION

Dans cet article, nous avons mis en avant deux éléments essentiels. D’une part le potentiel thérapeutique de l’activité physique, les facteurs qui y sont associés et la manière dont ils pourraient être efficaces dans l’accompagnement des sujets TCCL. D’autre part nous avons démontré l’intérêt d’une démarche centrée sur l’occupation pour guider cette intervention tout en proposant un moyen de guider l’intervention ergothérapique dans la reprise des activités physiques après un TCCL.

Nombreux sont les ouvrages et études qui ont démontré le lien entre activité physique ou sportive et résilience. Dans un livre récent Sport et résilience, B. Cyrulnik et P. Bouhours (2019) s’intéressent aux preuves de l’effet positif de l’activité physique sur les différentes dimensions de santé et leur lien avec la résilience. Cependant très peu d’études s’intéres­sent au lien entre activité physique et récupération post-TCCL. Cet écrit, en tentant de montrer que l’activité physique possède un potentiel thérapeutique adapté à la problématique du TCCL, a permis de dégager certains facteurs favorisant la récupération post-TCCL qui sont autant de facteurs de résilience. Ainsi, l’efficacité personnelle pourrait être le facteur principal par lequel l’activité physique restaure le sentiment de compétence, ce qui favorise la motivation et l’engagement, et, plus globalement, l’estime de soi, le bien-être et la qualité de vie.

Ce constat ouvre sur l’importance de considérer l’efficacité personnelle comme cible dans l’évaluation et l’intervention en ergothérapie d’une manière générale, et comme facteur déterminant dans le parcours de récupération post TCCL (Kobayashi et Thrumi, 2014 ; Dumont et al., 2005). Un champ d’étude sur le lien entre efficacité personnelle et la qualité de la récupération post-TCCL pourrait amener à mieux comprendre l’implication de l’efficacité personnelle dans la persistance des troubles et la nécessité de travailler cette composante subjective comme cible prioritaire auprès de cette population.

Une limite de ce travail est que l’activité physique sera difficilement introduite comme première activité thérapeutique si le sujet ne la juge pas comme étant un objectif prioritaire. L’activité physique pourrait alors être suggérée uniquement dans un second temps, une fois l’alliance thérapeutique établie (Meyer, 1990, p. 84). De plus, l’accompagnement en situation d’activité physique n’est pas toujours réalisable, pour des raisons contextuelles. Ici, la collaboration avec des éducateurs en activité physique adaptée pourrait répondre à cette limitation, ces derniers effectuant un accompagnement personnalisé dans la reprise graduelle d’une activité physique, avec des mises en situation. L’ergothérapeute donnera alors les préconisations relatives aux observations faites lors de son évaluation et surveillera l’évolution des difficultés du patient au cours de sa progression graduelle.

Une autre limite importante est que, dans sa réalité clinique, l’évaluation de la performance occupationnelle ne peut se réaliser chez le TCCL comme dans d’autres pathologies sans équipe pluridisciplinaire (Mc Crory et al., 2005, Mc Crory et al., 2009). L’approche des autres disciplines de santé permet à l’ergothérapeute de mieux envisager la dimension personnelle que ce soit au niveau de la réalité lésionnelle ou des conséquences psychologiques et cognitives, ce qui est essentiel à la constitution du diagnostic visant le choix d’une activité thérapeutique adaptée. Les éléments rapportés par le neuropsychologue à l’issue d’un bilan cognitif et psychologique permettent notamment de compléter le point de vue de l’ergothérapeute. Cette approche intégrative permet d’obtenir une vision globale de la dimension personnelle, indispensable à l’interprétation de la situation clinique du patient TCCL exprimée au travers de la performance occupationnelle.

Cela étant, la symptomatologie transitoire et la récupération spontanée du TCCL impliquent la nécessité d’un outil au caractère évolutif et disposant d’une certaine flexibilité. Les propositions faites dans ce travail suggèrent l’utilisation de différents outils afin de suivre l’évolution des symptômes au cours de la reprise progressive d’une activité physique. Toutefois, ces outils sont initialement validés auprès d’une population souffrant d’affection modérée à sévère. L’outil idéal, que ce soit pour évaluer ou accompagner le sujet TCCL au travers de la reprise progressive d’une activité physique, reste donc à construire.

CONCLUSION

Au regard des éléments avancés dans ce travail, l’activité physique possède un potentiel thérapeutique adapté à la problématique des TCCL. Elle représente une cible de l’intervention fondée sur une approche top-down de l’ergothérapie (Law et al., 1996). Ces interventions visent à rétablir la performance occupationnelle afin de restaurer la dimension subjective impactée chez le TCCL. Au sein de la dimension subjective, le sentiment d’efficacité personnelle semble être le facteur par lequel l’activité physique va restaurer les autres composantes subjectives d’estime de soi et de bien être, réduisant leur impact secondaire sur la performance occupationnelle et la persistance des troubles. Cet article a permis d’affirmer la place de l’ergothérapie dans l’évaluation comme dans l’accompagnement du sujet ayant présenté un traumatisme crânio-cérébral léger. L’évaluation de la performance occupationnelle selon le modèle PEO (Law et al., 1996) permet de rendre compte de perturbations difficilement objectivables sur le plan fonctionnel. La promotion de la reprise graduelle d’une activité physique et son ajustement au regard des caractéristiques intrinsèques et environnementales de la personne entre tout à fait dans le champ de compétence des ergothérapeutes. Leur expertise dans l’accompagnement au retour aux activités est à même d’amplifier les effets positifs de l’activité physique sur la santé, restaurant plus efficacement la performance occupationnelle que d’autres activités.

Bien que la problématique du TCCL soit très spécifique en raison de l’origine bio-psycho-sociale de la persistance des troubles, cette intervention peut être transférée à d’autres individus présentant un désengagement occupationnel, une altération de la per­formance occupationnelle ou une insatisfaction occupationnelle.

Cet article constitue les prémisses de considérations sur le rôle des ergothérapeutes auprès du sujet TCCL et de ses implications dans la reprise d’une activité physique. De futures études sont nécessaires pour documenter les bénéfices de l’intervention ergothérapique basée sur l’activité physique auprès de cette population afin de mieux comprendre son rôle bénéfique sur la récupération des symptômes et les autres dimensions de santé.

Références bibliographiques

ANAES (1999). Évaluation et suivi de la douleur chronique chez l’adulte.

Ashley, M. J. (2012). Repairing the injured brain : Why proper rehabilitation is essential to recovering function. Cerebrum : Dana Forum on Brain Science, 2012 :8.

Bandura, A. (2001). Guide for constructing self-efficacy scales.

Barry, W. & John, L. (2006). Management of concussion and post-concussion syndrome. Current Treatment Options in Neurology, 8, p. 415-426.

Borg, G.A. (1962). Physical performance and perceived exertion. Lund : Gleerup, 1-63.

Borgaro, S.R., Gierok, S., Caples, H. & Kwasnica, C. (2004). Fatigue after brain injury : Initial reliability study of the BNI Fatigue Scale. Brain Injury, 18, p. 685-690.

Brown, J.D. (1998). The Self. McGraw-Hill, Boston.

Cantin, J. F., Ouellet, M. C., Turcotte. N., Lessard, J., Potvin, I. Boutin, N. & Ducherneau, G. (2014). Guide de l’énergie : vers une meilleure gestion de la fatigue. Québec. Québec : Institut de réadaptation en déficience physique de Québec. Consulté en ligne le 02/01/2020 sur : http://www.irdpq.qc.ca/publications-de-lirdpq/guide-de-lenergie-vers-une-meilleure-gestion-de-la-fatigue

Caplain, S., Blancho, S., Marques, S., Montreuil, M. & Aghakhani, N. (2017). Early Detection of Poor Outcome after Mild Traumatic Brain Injury : Predictive Factors Using a Multidimensional Approach a Pilot Study. Frontiers in neurology, 8, p. 666. https://doi.org/10.3389/fneur.2017.00666.

Cavada, T., Cerqueira L. S., Moraes H. S. et al. (2012). Relationship between sport, resilience, quality of life and anxiety, Archives of clinical psychiatry, 39 3), p. 85-89.

Chapparo, C., & Ranka, J. (2008). The perceive, recall, plan & perform system assessment course manual.

Cnossen, M.C., Winkler, E.A., Yue, J.K., Okonkwo, D.O., Valadka, A., Steyerberg, E.W., Lingsma, H., & Manley, G. (2017). Development of a Prediction Model for Post-Concussive Symptoms following Mild Traumatic Brain Injury. Journal de Neurotrauma. 10.1089/neu.2016.4819. Advance online publication. https://doi.org/10.1089/neu.2016.4819.

Cooksley, R., Maguire, E., Lannin, N.A., Unsworth, C.A., Farquhar, M., Biswadev, Mitra, M.D., & Schmidt, J. (2018). Persistent symptoms and activity changes three months after mild traumatic brain injury. AOTJ, 65(3), p. 168-175.

Cyrulnik B. & Bouhours, P. (2019). Sport et résilience. Odile Jacob

Decroos, S., Fransen, K., Boen, F. & Van de Broek, G. (2015). Elite coaches perspective on building motivation and resilience in youth team sport athletes, proceedings of the 14th European Congress of Sport Psychologie, Institute of Sport Science, p. 113.

Diman, A., Boros, J., Poulain, F. Rodriguez, J., Purnelle, M., Episkopou, H., & Bertrand, L. (2016). Nuclear respiratory factor 1 and endurance exercise promote human telomere transcription. Science advances, 2(7), p. e1600031.

D’Lauro, C., Johnson, B., McGinty G., Allred, D., Campbell, D., & Jackson, J. (2018). Reconsidering Return-to-Play Times : A Broader Perspective on Concussion Recovery. Orthop J Sports Med. 6(3) : 2325967118760854.

Dubois, B., Thiebaut Samson, S., Trouvé, E., Tosser, M., Poriel, G., Tortora, L., Riguet, K., & Guesne, J. (2017). Guide du diagnostic en ergothérapie. Louvain la Neuve : De Boeck supérieur.

Finn, C. (2019). An Occupation-Based Approach to Management of Concussion : Guidelines for Practice. The Open Journal of Occupational Therapy, 7(2), Article 11. https://doi.org/10.15453/2168-6408.1550

Fisher, A. (2009). Occupational therapy intervention process model : a model for planning and implementing top-down, client-centered, and occupation-based interventions. Fort Collins, CO ; Three Star Press.

Fisher, A. & Bray, Jones, K. (2014). Assessment of Motor and Process Skills. Volume 2 : User Manual. Colorado, Three Star Press, Inc (Eighth edition)

Fox, K.R. (1997). The physical self : from motivation to well-being. Human Kinetics, Champaign.

Galli, N. & Gonzales, S.P. (2015). Psychological resilience in sport : a review of literature and implications for research and practice. International Journal of Sport and Exercise Psychology, 13(3), p. 243-257. https://doi.org/10.1080/1612197X.2014.946947.

Gennarelli, T.A. (1994). Animate models of human head injury. Journal of Neurotrauma, 11(4), p. 357-368.

HAS (2019). Guide de promotion, consultation et prescription médicale d’activité physique et sportive pour la santé chez les adultes.

Harrison, E.A. (2014). The First Concussion Crisis : Head Injury and Evidence in Early American Football. Am J Public Health ; 104(5), p. 822-833.

Holm, L., Cassidy, J.D., Carroll, L.J., & Borg, J. (2005). Neurotrauma Task Force on Mild Traumatic Brain Injury of the WHO Collaborating Centre. Summary of the WHO Collaborating Centre for Neurotrauma Task Force on Mild Traumatic Brain Injury. J Rehabil Med. 37(3), p. 137-141.

Icard, S. & Klar, F. (2011). À propos de l’accompagnement socio-professionnel précoce

des traumatisés crâniens légers et modérés en établissement de médecine physique et de réadaptation. In H. Curallucci, J. Vion-Dury & V. Tcherniack (Eds). Le traumatisme crânien léger ou modéré : un handicap négligé. Marseille, Solal, p. 159-167.

Kayama, A., Kobayashi, M., & Tsurumi, T. (2014). Occupational Therapy to support daily living for people with mental disorders-from hospital acute care to community based practice (2nd ed). Tokyo : Ishiyaku Publishers.

King, N., Crawford, S., Wenden, F., Moss, N., & Wade, D. (1995). The Rivermead Post Concussion Symptoms Questionnaire : A Measure of Symptoms Commonly Experienced After Head Injury and Its Reliability. J. Neurology, 242, p. 587-592.

Kirby, R. L., Keeler, L., Wang, S., Thompson, K., & Theriault, C. (2015). Proportion of wheelchair users who receive wheelchair skills training during an admission to a Canarian rehabilitation center. Top. Geriatr. Rehabil. 31, p. 58-66. doi : 10.1097/TGR.0000000000000046

Kosinski M, Bayliss MS, Bjorner JB, et al. (2003). Six-item short-form survey for measuring headache impact : the HIT-6. Qual Life Res, 8, 963-974.

Law, M., Cooper, B., Strong, S., Stewart, D., Rigby, P., Letts, L. (1996). The Person-Environement-Occupation Model : a transactive approach to occupational performance. Canadian journal of occupational therapy, 63, p. 9-23. https://doi.org/10.1177/000841749606300103

Law, M., Baptiste, S., Carswell, A., McColl, M.A., Polatajko, H.J., & Pollock, N. (2011). La mesure canadienne du rendement occupationnel. Ottawa : CAOT Publications ACE

Lindstrom, K., Simmons, M., (2014). A Guide for Occupational Therapists on Mild Traumatic Brain Injury. Occupational Therapy Capstones, 126.

Marchalot, I. (2018). Activité physique et affection de longue durée. L’ergothérapie : une aide à l’engagement. ANFE, février 2018.

Majerske, C.W, Mihalik, J.P., Ren, D., Collins, M.W., Reddy, C.C., Lovell, M.R., & Wagner, A.K. (2008). Concussion in sports : postconcussive activity levels, symptoms, and neurocognitive performance. J Athl Train. 43(3), p. 265-274. doi : 10.4085/1062-6050-43.3.265.

Masson, F., Thicoïpe, M., Aye P., Mokni, T., Senjean, P. (1998). Pour le registre aquitain des traumatisés crâniens. Epidémiologie des traumatisés crâniens graves (Aquitaine 1996). Ann Fr Anesth Réanim, 17, p. 921 (R218).

McCrea, M., Iverson, G.L., McAllister, T.W., Hammeke, T.A., Powell, M.R., Barr, W.B., & Kelly, J.P. (2009). An integrated review of recovery after mild traumatic brain injury (MTBI) : implications for clinical management. Clin Neuropsychol. 23(8), p. 1368-1390. doi : 10.1080/13854040903074652.

Meyer, S. (1990). Le processus de l’ergothérapie. Éditions EESP.

Meyer, S. (2013). De l’activité à la participation.

Morel-Bracq, M.-C. (2018). La science de l’occupation, un défi pour la santé. In Engagement, occupation et santé. Paris : Association nationale française des ergothérapeutes (ANFE).

Scheenen, M. E., van der Horn, H. J., de Koning, M. E., van der Naalt, J., & Spikman, J. M. (2017). Stability of coping and the role of self-efficacy in the first year following mild traumatic brain injury. Social science & medicine (1982), 181, p. 184-190. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2017.03.025.

Netz, Y., Wu, M.J., Becker, B.J., & Tenenbaum, G. (2005). Physical activity and psychological well-being in advanced age : a meta-analysis of intervention studies. Psychol Aging, 20, p. 272-284.

Offeinstein, E. (2015). L’ergothérapeute, catalyseur du changement ? In M.-C., Morel-Bracq, E., Trouvé et al., L’activité humaine : un potentiel pour la santé ?, p. 109-124. Louvain la Neuve, France : De Boeck-Solal.

OMS (2010). Recommandations mondiales sur l’activité physique pour la santé.

Ontario Neurotrauma Foundation (ONF) (2018). Guideline for concussion/mild traumatic brain injury and persistent symptoms. Healthcare professional version. Third edition. Adults.

Ponsford, J., Cameron, P., Fitzgerald, M., Grant, M., Mikocka-Walus, A., & Schönberger, M. (2012). Predictors of postconcussive symptoms 3 months after mild traumatic brain injury. Neuropsychology ; 26(3), p. 304-313. doi : 10.1037/a0027888.

Rohling, M.L., Larrabee, G.J., & Millis, S.R. (2012). The “Miserable Minority” following mild traumatic brain injury : who are they and do meta-analyses hide them ? Clin Neuropsychol. 26(2), p. 197-213. doi : 10.1080/13854046.2011.647085.

Smith, N.R., Kielhofner, G., & Watts, J.H. (1986). The relationships between volition, activity pattern, and life satisfaction in the elderly. American Journal of Occupational Therapy, 40, p. 278-283.

Sonstroem, R.J (1998). Physical self-concept. Assessment and external validity. Exercise and Sport Sciences Reviews, 28, p. 133-164.

Strong, S., Rigby, P., Stewart, D., Law, M., Letts, L., & Cooper, B. (1999). Application of the person-environment-occupation model : A practical lool. Canadian journal of Occupational Therapy, 66(3), p. 122-133. doi : 10.1177/000841749906600304.

WFOT (2010). Position Statement on Client-centredness in Occupational Therapy.

Zimmerman, B. J. (2000). Self-Efficacy : An Essential Motive to Learn. Contemporary Educational Psychology, 25, p. 82-91. https://doi.org/10.1006/ceps.1999.1016.

Pour référencer cet article

Masson, A. & Kersalé, M. (2020). L’activité physique, cible de l’intervention ergothérapique auprès de la personne ayant présenté un traumatisme cranio-cérébral léger. ErgOThérapies, 78, p. 39-54.

 

ANNEXES

Annexe 1. Recommandations sur la reprise progressive issues du guideline (ONF, 2018).

Annexe 2. Étude de cas

L’étude de cas présentée ici a pour but d’illustrer de manière clinique l’apport des sciences de l’occupation et de la neuropsychologie dans la compréhension de la persistance des troubles chez le sujet TCCL et le potentiel thérapeutique de la reprise graduelle d’une activité physique dans le rétablissement des dimensions impactées.

Contexte d’intervention

Monsieur X est un homme de 34 ans, journaliste, qui vit avec sa compagne. Il présente un traumatisme crânio-cérébral léger au décours d’une chute de skateboard, sans perte de connaissance mais avec une amnésie des faits et une amnésie post-traumatique de 12 heures. Initialement, il présente des céphalées au niveau du point d’impact, des troubles visuels et des vertiges. Il est pris en charge aux urgences, un scanner est réalisé, ne démontrant aucune lésion. Monsieur rentre chez lui, sans indication particulière, si ce n’est de se reposer durant les prochains jours, avec un arrêt de travail d’une semaine. Il reprend ainsi son activité professionnelle de journaliste une semaine plus tard, les céphalées et les vertiges ayant régressé, avec une fatigue mais qu’il attribue à un contexte de travail soutenu. Cela étant, à sept mois de son TCCL, il persiste une importante fatigue, qui devient de plus en plus invalidante et impacte la réalisation de ses activités. Monsieur est adressé en « hôpital de jour pour traumatisme crânien léger » pour la persistance de plaintes post-TCCL.

Évaluation de la personne selon le modèle PEO

Concernant la dimension personnelle, deux évaluations conjointes sont réalisées : celles des symptômes post-commotionnels et des facteurs subjectifs. Le Rivermead post-concussion symptoms questionnaire (fig. 2) met en évidence au premier plan une asthénie, en lien avec des troubles du sommeil, qui se répercute sur ses capacités cognitives, avec une sensation d’être au ralenti. Cela suscite une grande anxiété chez le patient qui se qualifie comme étant déprimé. Le QOLIBRI, mesurant les aspects subjectifs, met en évidence une altération du sentiment d’efficacité personnelle (fig. 3). Le bilan neuropsychologique permet d’apporter certains éléments complémentaires aux observations faites sur la dimension personnelle. Il écarte la persistance de troubles cognitifs en lien avec le TCCL pouvant être responsable de l’asthénie actuelle et confirme la chute du sentiment d’efficacité personnelle. Selon les observations faites, l’asthénie post-commotionnelle initiale est responsable d’une diminution des performances sportives et sociales, étant donné que M. X préserve son énergie pour la sphère professionnelle. La perte de ces activités explique la chute du sentiment d’efficacité personnelle. L’effritement de l’image de soi ainsi que les réactions dépressives actuelles entretiennent la mise en place de stratégies d’adaptation fondées sur l’évitement des activités sportives et sociales.

 

 

Concernant la dimension environnementale, au niveau social d’une part, le tissu social de Monsieur se compose de sa conjointe, avec laquelle il vit, de ses amis qu’il voit très régulièrement notamment dans le cadre de sorties extérieures. L’entretien semi-directif met en évidence des relations altérées avec sa conjointe en raison de sa fatigue persistante. Monsieur a l’impression de se forcer à faire les choses (sorties, par exemple). Sur le plan de l’environnement physique, Monsieur est géographiquement éloigné de son travail, il utilise les transports en commun pour s’y rendre.

Concernant la dimension occupationnelle, l’entretien avec Monsieur au sujet de ses occupations antérieures vient apporter des éléments. En tant que journaliste, il décrit des journées intenses avec une exigence élevée reliée au travail, qu’il s’impose lui-même mais que lui impose aussi son employeur. Il apprécie beaucoup le skateboard, sport qu’il pratique avec un niveau très satisfaisant. Il fait de la course à pied avec ses amis plusieurs fois par semaine, avec une notion de dépassement de ses performances qui y est associée. Il pratique la musculation seul en salle de sport. Il apprécie par ailleurs les sorties culturelles ou les soirées avec sa conjointe ou des amis.

Enfin, l’impact sur la performance occupationnelle du patient est évalué au travers de l’Occupational Questionnaire (fig. 4) et de la MCRO (fig. 5). Les deux questionnaires mettent en évidence un désengagement dans les activités signifiantes et significatives, avec une diminution de son rendement et de sa satisfaction dans le travail, les loisirs (activités sportives) et les relations sociales. Monsieur ne voit plus ses amis, décline la plupart des invitations, ne part plus en vacances, est moins impliqué dans sa relation avec sa conjointe. Le patient exprime faire les choses « par obligation », mais sans réel attrait en raison de sa fatigue persistante. Il décrit de nombreux changements par rapport à son état antérieur, avec notamment des siestes très régulières qui entravent la réalisation de ses activités.

Cette dernière évaluation permet ainsi de déterminer les facteurs constitutifs de l’état occupationnel de Monsieur X. Le bilan neuropsychologique vient quant à lui compléter les données quant aux facteurs explicatifs de l’état occupationnel. À partir de ces éléments nous établissons le diagnostic ergothérapique, selon la méthode de Dubois et al. (2017).

Figure 4. Extrait de l’Occupational Questionnaire de Monsieur X.

 

Figure 5. Résultats de la MCRO de Monsieur X.

 

Diagnostic ergothérapique

Monsieur X présente une altération significative de sa participation occupationnelle, avec notamment une baisse de son engagement et un désinvestissement dans ses activités de loisirs (sociales et sportives) et une diminution de sa performance perçue et de sa satisfaction dans le domaine du travail. Ses relations sont également altérées, avec une incompréhension de sa situation de la part de son entourage proche.

Ce bouleversement occupationnel s’explique par la persistance d’une asthénie, en lien notamment avec une mauvaise gestion de l’énergie et des stratégies basées sur l’évitement, dont découlent une baisse de son sentiment d’efficacité personnelle et ainsi de son estime de soi, engendrant des réactions anxio-dépressives. De plus les facteurs environnementaux (contexte de travail soutenu, incompréhension de son entourage personnel et professionnel) contribuent à la persistance de ses symptômes et restrictions de participation.

Toutefois, Monsieur conserve de bonnes capacités cognitives, et reste motivé pour mettre en œuvre des stratégies visant la reprise de ses activités, notamment sportives.

Intervention

L’échange entre les deux professionnels permet l’identification d’un facteur commun sur lequel intervenir. Ici, c’est la dégradation du sentiment d’efficacité personnelle qui est identifiée comme contribuant à la persistance des troubles. Pour le restaurer, deux interventions conjointes sont préconisées au patient : l’une avec un psychologue spécialisé en thérapie cognitivo-comportementale (TCC), et l’autre avec une ergothérapeute.

Avec le psychologue, l’accompagnement s’axe sur la correction de ses représentations négatives autour de la fatigue, de sa perception de lui-même ainsi que de ses stratégies d’adaptation afin de réduire l’intrication des différents éléments contribuant à la persistance de la fatigue.

Avec l’ergothérapeute, l’intervention s’axe sur la reprise graduelle de la course à pied, ciblée comme ayant un potentiel thérapeutique adapté pour restaurer la dimension d’efficacité personnelle. En concertation avec le psychologue et après discussion avec le patient, cette activité est choisie car, contrairement au skateboard, il s’agit d’un sport pour lequel l’anxiété de performance du patient est moindre. Elle est expérimentée de manière individuelle dans un premier temps, à raison d’une fois par semaine. La constitution d’un agenda hebdomadaire permet de suivre la progression graduelle. Le patient y reporte ainsi la période de la journée à laquelle il la pratique, la fréquence de l’activité, la durée et l’intensité des sessions de course à pied et l’intensité de la fatigue qui y est associée (cotée à l’aide d’une échelle de Likert à 5 niveaux). Les facteurs environnementaux sont contrôlés de telle sorte que le patient expérimente l’activité seul dans un premier temps, proche de chez lui et dans un environnement qu’il connaît bien.

Bénéfices de l’intervention

L’ajustement des exigences propres à l’activité et son environnement à l’aide d’un ergothérapeute ainsi que le travail réalisé en psychothérapie cognitivo-comportementale ont contribué à renforcer le sentiment de compétence et d’estime de soi de Monsieur X (fig. 3). En ce sens, le fait de favoriser des défis correspondant à ses capacités a assuré son engagement tout au long de la reprise de l’activité sportive ciblée. Son rendement et sa satisfaction pour la course à pied ont été améliorés (fig. 5). Au moment de l’évaluation intermédiaire, Monsieur a repris cette activité à raison d’une session de 30 minutes une fois par semaine, avec l’un de ses amis. Bien que la fatigue reste un symptôme important (fig. 2), l’agenda lui a permis de mieux identifier les signes de fatigue et ainsi de mettre en place des stratégies pour améliorer son rendement et sa satisfaction occupationnels. Par ailleurs, l’accompagnement proposé a pu l’aider à mieux expliquer à son entourage l’intrication entre ses symptômes et ainsi favoriser leur compréhension. Cela a contribué à renforcer sa capacité à choisir et ainsi le sentiment d’auto-efficacité.

L’intervention ne pouvant être poursuivie pour des raisons institutionnelles, le transfert des acquis des stratégies mises en place (gestion des ressources énergétiques) et la généralisation aux autres occupations jugées problématiques lors de l’évaluation initiale n’ont pas pu être objectivées. Concernant la reprise des autres activités sportives, un relai avec un éducateur en activité physique adaptée a été suggéré au patient.

Les résultats présentés comprennent l’évaluation initiale réalisée auprès de Monsieur (t1) et l’évaluation intermédiaire (t2), réalisée six mois après le début de l’accompagnement.


Article rédigé par :
  • Adrien Masson

    Neuropsychologue
    Hôpital Bicêtre AP-HP
    78, rue du Général-Leclerc
    94270 Le Kremlin-Bicêtre
    adrien.masson@aphp.fr


  • Marietta Kersalé

    Ergothérapeute DE
    Hôpital Bicêtre AP-HP
    78, rue du Général-Leclerc
    94270 Le Kremlin-Bicêtre
    marietta.kersale@aphp.fr


Commenter cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *