Parcours de soins, de santé, de vie et ergothérapie : quels enjeux ?

Care, health, life pathways and occupational therapy: what challenges?

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Summary :

Whether we are questioning the care organization or the implementation of health actions in a more global way, focusing on physical, mental or social well-being, whether in the hospital or at home, the concept of pathway is at the heart of current concerns. This omnipresence is to be linked, on one hand, with the different demographic and societal developments of recent years and, on the other hand, with the political and strategic changes that our health system is currently experiencing. Thus, whether we mention the concepts of care, health or life pathways, this vision generates impacts for all stakeholders in the health system: evolution of patients or users, their expectations and their problems; evolution of structures, services and organizations; changes in professional practices, particularly in terms of coordination, mobilizing new skills and encouraging the emergence of new roles. All these changes are bringing new intervention opportunities for occupational therapists.
This article first proposes to define the different types of pathways and contextualize this thematic. Then, we will evoke several consequences including the shift to ambulatory care and the evolution of coordination professions, and finally consider the opportunities that arise for occupational therapists.

INTRODUCTION

Selon les chiffres de l’aide à l’autonomie publiés par la CNSA en 2019, 1,16 million de personnes bénéficient de l’Allocation adultes handicapées (AAH) et 1,3 million de personnes bénéficient de l’Allocation personnalisée d’autonomie (APA) (CNSA, 2019). Selon cette même étude, 1 adulte sur 7 serait con­cerné par une ou plusieurs limitations fonctionnelles, et/ou une reconnaissance administrative de son handicap, et/ou un handicap ressenti, ce qui représente 4,3 millions de personnes en France. Ces chiffres sont en constante évolution depuis maintenant une quinzaine d’années et progresseront dans les années à venir. Un constat s’impose donc à ce jour : les besoins d’aide à l’autonomie en France sont en augmentation constante. Face à ces évolutions, un des enjeux de notre système de santé est de parvenir à garantir la continuité et la cohérence des soins et des accompagnements proposés à ces personnes, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes en situation de handicap, de personnes atteintes de maladies chroniques invalidantes ou de personnes âgées dépendantes (Bloch et al., 2011).

Ainsi, historiquement centré sur l’hôpital, notre système de santé s’adapte et met en place de nouvelles formes d’organisations, impactant de fait les pratiques professionnelles. De nombreux dispositifs ou organisations ont par exemple vu le jour et évolué depuis une vingtaine d’années pour répondre à ces nouveaux besoins : équipes mobiles de rééducation à domicile, services d’hospitalisation à domicile, réseaux de santé, Centres locaux d’information et de coordination (CLIC)… La littérature est multiple dans ce domaine, comme le montre le récent dossier documentaire qui s’intéresse aux parcours et réalisé par l’École des hautes études en santé publique regroupant une sélection de plus de 150 ressources bibliographiques (Calvez, 2019). Comme l’évoquait Éric Trouvé, président de l’ANFE, dans son discours d’ouverture de l’assemblée générale 2019, « le train de réforme actuel correspond à une volonté de quitter une logique de silos pour aller vers des modes d’organisation décloisonnés qui répondent davantage aux besoins et aux attentes de nos concitoyens ». Les ergothérapeutes sont donc directement concernés par ces transformations.

À titre d’illustration, il devient donc désormais courant de retrouver sur les groupes d’échange et sites d’emploi dédiés aux ergothérapeutes des annonces du type : « Recherche coordinateur de parcours de santé – Centre local d’information et de coordination ; Profil ergo recherché », ou encore une mise en con­currence des professionnels avec des postes ouverts à de multiples profils et des annonces de type : « Recrute référent parcours de santé pour le service régional de Normandie ; accessible aux professionnels issus de formation sociale, médico-sociale ou paramédicale ». Ces nouveaux postes, qui peuvent intéresser les ergothérapeutes, apparaissent, en lien avec ces évolutions du système.

Tous ces changements soulèvent de nombreuses questions. Si le terme de « parcours » devient courant dans le langage de nos institutions, qu’entendons-nous réellement par cette notion ? En quoi celle-ci peut-elle intéresser directement les ergothérapeu­tes ? Les profils recherchés derrière ces postes réservés aux parcours sont extrêmement variés : quelles sont les missions de ce type de poste et en quoi le profil des ergothérapeutes est-il particulièrement intéressant ? Quels sont les impacts pour nos pratiques professionnelles et nos formations ? Qu’est-ce qui légitime notre place dans ces nouvelles fonctions ?

Cet article propose donc de faire le point sur les différents types de parcours, leur définition et leurs déterminants, avant d’évoquer leur impact sur les ergothérapeutes et les opportunités qui s’ouvrent à l’ergothérapie dans ces nouveaux modes de fonctionnement.

PARCOURS DE SOINS, DE SANTÉ ET DE VIE

La notion de parcours est relativement récente dans notre système de santé français et est aujourd’hui au centre des préoccupations (Féry-Lemonnier, 2014). Le terme de parcours est désormais très fréquemment utilisé et on entend régulièrement parler de parcours de soins, de parcours de santé, voire de parcours de vie, mais avec une terminologie parfois approximative ou inappropriée ou alors qui recouvre des réalités différentes.

Ainsi, en premier lieu, la définition du terme de « parcours » mérite d’être précisée. Le parcours concerne donc la trajectoire globale des patients et usagers dans un territoire de santé donné, avec une attention particulière portée à l’individu et à ses choix (Agences régionales de santé, 2016). Il se définit comme un continuum qui implique une notion « géographique », un territoire de santé généralement, et une notion d’évolution temporelle, que ce soit la durée d’une pathologie, d’une situation de handicap vécue temporairement ou de l’ensemble de la vie. Le parcours se différencie du chemin clinique, fréquemment utilisé en institution, qui considère les différentes phases, étapes ou actions du processus de prise en charge d’un patient au sein d’un établissement pour une pathologie donnée.

Cette définition étant posée, nous pouvons alors distinguer différentes catégories de parcours : parcours de soins, de santé ou de vie (fig. 1).

Figure 1. Les catégories de parcours (Agences régionales de santé, 2016).

Le parcours de soins comprend pour le patient le juste enchaînement et au bon moment des différentes compétences professionnelles liées directement ou indirectement aux soins : consultations, actes techniques, traitement médicamenteux et non médicamenteux… (Haute Autorité de santé, 2012). Il comprend la prise en charge du patient dans le système sanitaire hospitalier et ambulatoire : soins de premier recours, urgences, hospitalisation à domicile, soins de suite et réadaptation…

Le parcours de santé, quant à lui, intègre le parcours de soins et correspond à l’ensemble des étapes et du cheminement parcourus par une personne dans un système sanitaire et social organisé. Il s’inscrit au-delà du parcours de soins et concerne l’ensemble des déterminants de santé. Il articule ainsi la prévention, les soins, le médico-social et le social (Agences régionales de santé, 2016).

Le parcours de vie intègre les parcours de soins et de santé. Il est une réponse aux besoins de la personne dans son environnement et est relatif à la prise en compte des étapes successives de la vie d’une personne. Il renvoie aux différentes sphères dans lesquelles se déroule l’existence d’une personne : scolaire, professionnelle, familiale, associative… La notion de parcours de vie renvoie alors à l’accompagnement dit « global » reposant sur la considération de la situation d’une personne dans son entièreté : projet de vie, autonomie dans les activités de la vie quotidienne, environnement, ressources, état de santé, etc. (Agences régionales de santé, 2016).

Contrairement à la représentation de la figure 1, les parcours des patients et usagers sont loin d’être linéaires. Ils amènent les usagers du système à avoir recours à plusieurs composantes de l’offre sanitaire, médico-sociale et sociale, de façon parfois simultanée, parfois successive et itérative (CNSA, 2012). Cela est d’autant plus vrai que la situation de la personne est complexe, notamment lorsqu’elle est en situation de handicap, poly-pathologique ou atteinte de maladie(s) chronique(s). Le décloisonnement des professionnels et une coordination transversale du parcours deviennent alors essentiels afin de garantir la continuité, la qualité, la sécurité et l’efficience de la prise en charge ou de l’accompagnement mis en œuvre.

CONTEXTE : LA NOTION DE PARCOURS ET SES DÉTERMINANTS

Depuis une dizaine d’années, la notion de parcours est citée dans de nombreux plans de santé publique : plan cancer 2009-2013, plan d’action national Accidents vasculaires cérébraux (AVC), plan maladies neurodégénératives 2014-2019… Depuis 2012, le terme est ainsi repris dans chacune des Lois de financement de la Sécurité sociale (LFSS). En 2016, dans la loi de modernisation du système de santé, le mot « parcours » est utilisé une trentaine de fois. Ces deux exemples témoignent de l’intérêt majeur des politiques de santé pour ce concept. En effet, la notion de parcours répond à la nécessaire évolution de notre système en lien avec plusieurs déterminants.

Déterminant majeur des parcours : l’augmentation des malades chroniques

Les maladies chroniques sont en constante pro­gression depuis plusieurs années : à ce jour environ 10,7 millions de personnes en France sont suivies pour une affection de longue durée alors qu’elles n’étaient que 6 millions en 2004 (Chassang & Gautier, 2019).

Selon la définition du Haut Conseil de la santé publique, la maladie chronique est une maladie ou un état qui se caractérise par :

– « la présence d’un état pathologique de nature physique, psychologique ou cognitive appelé à durer ;

– une ancienneté minimale de trois mois ou supposée telle ;

– un retentissement sur la vie quotidienne comportant au moins l’un des trois éléments suivants : une limitation fonctionnelle des activités ou de la participation sociale (tels que définis dans la classification internationale du fonctionnement ; une dépendance vis-à-vis d’un médicament, d’un régime, d’une technologie médicale, d’un appareillage ou d’une assistance personnelle ; la nécessité de soins médicaux ou paramédicaux, d’une aide psychologique, d’une adaptation, d’une surveillance ou d’une prévention particulière pouvant s’inscrire dans un parcours de soins médico-social » (HCSP, 2009).

Ces pathologies nécessitent des prises en charge coûteuses, de plus en plus spécifiques, en lien avec les traitements qui existent aujourd’hui et mobilisent un nombre d’intervenants professionnels important issus de différents domaines. Ainsi, les impacts de ces maladies ne se résument plus uniquement aux aspects sanitaires mais à un ensemble de besoins qui impliquent des réponses multiples liées aux soins, à l’accompagnement social mais aussi à la scolarisation, à l’accès à l’emploi…

Les ergothérapeutes, de par leur programme de formation, leurs missions ou leurs lieux d’intervention, sont particulièrement concernés par les personnes atteintes de maladies chroniques et notamment en raison de l’impact majeur que ces maladies ont sur l’ensemble des activités de la personne (ministère de la Santé et des Sports, 2008 ; arrêté du 5 juillet 2010 relatif au diplôme d’État d’ergothérapeute). Parmi ces maladies, on retrouve par exemple les maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, sclérose en plaques…), les AVC invalidants, les pathologies psychiatriques…

Les autres déterminants de la notion de parcours

À cette augmentation des maladies chroniques s’ajoutent plusieurs facteurs, expliquant l’intérêt pour la notion de parcours :

– Le vieillissement de la population et par conséquent l’augmentation du nombre de patients chroniques âgés, souvent polypathologiques (INSEE, 2019). Ces patients nécessitent une prise en compte globale et non plus la considération d’une unique pathologie ou de pathologies considérées de manière indépendante.

– Des « patients » dont les attentes évoluent, qui sont de plus en plus informés, formulant leurs attentes, souhaitant être acteurs de leur maladie et allant jusqu’à devenir experts de celle-ci (Surbled, 2018 ; Mougeot, 2018).

– Une exigence accrue de la qualité et la sécurité des soins. Celle-ci s’est par exemple concrétisée dans le milieu sanitaire par la création de la certification en 1999 et ses différentes évolutions.

– Des professionnels de santé de plus en plus spécialisés, en lien avec l’évolution des savoirs et le développement de la recherche, notamment de la recherche paramédicale (Beloni et Cartron, 2016). Cet aspect s’est notamment concrétisé par l’universitarisation progressive des formations en santé, le développement depuis 2011 du Programme de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP) ou encore l’ouverture d’une section de sciences de la réadaptation au Conseil national des universités pour ce qui concerne plus directement les ergothérapeutes.

Toutes ces évolutions nous amènent aujourd’hui non plus à considérer des événements de santé aigus et indépendants, mais à la prise en compte des « patients » dans leur globalité et dans la durée. Cela implique une intervention coordonnée des professionnels, tout au long du parcours de la personne et au plus proche de son milieu de vie, afin de répondre au mieux à ses besoins. L’approche par parcours amène donc à un changement de paradigme profond de notre système de santé : « l’adaptation de la prise en charge, des relations entre professionnels, des structures et des moyens autour des malades, de leur entourage et de leurs besoins… et non plus l’inverse » (Ministère des Solidarités et de la Santé, 2017).

UNE DES CONSÉQUENCES DES PARCOURS : LE VIRAGE AMBULATOIRE

Notre système de santé, jusqu’alors organisé autour de l’hôpital, est d’une grande efficacité pour traiter les épisodes aigus d’une pathologie, mais son organisation devient rapidement complexe et cloisonnée lorsqu’il s’agit de personnes polypathologiques ou atteintes de maladies chroniques (Ministère des Solidarités et de la Santé, 2017). Ainsi, on entend désormais fréquemment parler du virage ambulatoire qui a été amorcé avec la loi de modernisation de notre système de santé en 2016. Celui-ci consiste notamment à renforcer les équipes de soins primaires (cabinets et professionnels libéraux, maisons de santé…) afin qu’ils deviennent des pivots dans la coordination du parcours des patients. L’hôpital n’est donc plus au cœur de la prise en charge des patients, mais devient une étape ponctuelle de leur suivi.

Il s’agit pour les établissements de santé de limiter les hospitalisations dites « évitables », d’adapter les durées de séjour et de proposer une offre de soins graduée. C’est pour cette raison que de nombreux hôpitaux ont d’ores et déjà transféré une partie des hospitalisations de courte durée en hospitalisation de jour ou encore développé la chirurgie ambulatoire. Par conséquent, les interventions des ergothérapeutes en hospitalisation conventionnelle deviennent de plus en plus ponctuelles, apportant une expertise clinique unique plus qu’un travail de rééducation s’inscrivant sur la durée. Les emplois en ergothérapie, quant à eux, se développent aujourd’hui dans des secteurs très diversifiés (hôpitaux de jour, services de soins à domicile, équipes mobiles, structures d’évaluation…), en ambulatoire, mais aussi beaucoup à domicile et en milieu ordinaire de vie (ANFE, 2017). Ces évolutions touchent directement les pratiques professionnelles intra-hospitalières et la coopération des professionnels entre structures.

Concernant les intervenants dits « de ville », il s’agit de s’organiser pour assurer une intervention de qualité auprès de patients plus complexes et qui sortent plus rapidement d’hospitalisation ou qui bénéficient en hospitalier d’une expertise ponctuelle. Pour l’ensemble des professionnels libéraux, il est alors nécessaire de trouver des modes d’exercices coordonnés et décloisonnés. Cet exercice coordonné et pluriprofessionnel associe médecins généralistes, infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes, infirmiers… et ergothérapeutes libéraux. Cette coordination facilitée est actuellement privilégiée au sein des maisons et centres de santé largement encouragés par les tutelles et dans lesquelles les ergothérapeutes ont toute leur légitimité. La loi de modernisation du système de santé a également outillé l’exercice coordonné en ambulatoire en créant les Équipes de soins primaires (ESP) ainsi que les Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS). Ainsi, les ergothérapeu­tes peuvent complètement s’inscrire dans ce type de dispositif, voire en être à l’initiative (Biard, 2019). Cela laisse donc à penser que, malgré certaines limites liées notamment aux financements, ces évolutions constitueront dans l’avenir des opportunités pour le développement de la pratique de l’ergothérapie en libéral.

QUELLES MISSIONS POUR LA COORDINATION DES PARCOURS ?

Se pencher sur le parcours de la personne, qu’il soit de soins, de santé ou de vie, amène à s’intéresser à la personne dans sa globalité et à travailler en partenariat avec de multiples services ou équipes des domaines variés : sanitaire, médico-social, social… Ce travail en réseau nécessite un ajustement permanent entre, d’une part, les besoins et la situation de la personne concernée et, d’autre part, les services qui lui sont proposés tout en assurant un lien étroit entre les divers intervenants impliqués (Loubat, 2018). L’enjeu est d’assurer une coordination efficiente des interventions afin d’améliorer leur efficacité, tout en optimisant les dépenses de santé.

La fonction de coordination de parcours vient répondre à ces nouvelles exigences. Cette fonction est nommée différemment selon les domaines et les con­textes : coordinateurs de réseaux, coordinateurs de parcours, gestionnaires de cas ou encore case manager, disability management coordinator, health coordinator dans les pays anglo-saxons. Elle regroupe des réalités parfois très différentes, en terme de missions ou de temps de travail, avec des formations très hétérogènes. C’est une fonction qui est encore en cours de définition et d’évolution : à titre d’illustration, la fiche du métier de « coordinateur de parcours de santé » de la fonction publique hospitalière est en chantier depuis plusieurs années.

Malgré cela, il existe un socle de missions identifiable pour ces coordinateurs (CNSA, 2012) : la personnalisation de l’intervention, la participation active de la personne dans une démarche d’empowerment, une coordination de partenaires et des ressources, une recherche de continuité des interventions autour d’objectifs précis communs et une évaluation systématique des actions. Ainsi, le développement des fonctions de coordination, bien que celles-ci nécessitent des efforts de formation et de repositionnement professionnel, représente des opportunités pour les professionnels de l’aide et du soin (CNSA, 2012). Cette fonction a jusqu’alors surtout intéressé les infirmières, les travailleurs sociaux, mais elle concerne aussi les ergothérapeutes (Loubat, 2018).

De plus, la notion de parcours et le nécessaire travail en réseau impliquent des changements sur la coopération des professionnels entre eux (Cordier, 2014). Cette nécessité de travail interdisciplinaire est d’ailleurs soulignée dans de nombreux travaux de la Haute Autorité de santé. Elle conditionne donc également directement la formation initiale des professionnels, et celle des ergothérapeutes n’y échappe pas. En effet, il s’agit pour les instituts de formation et notamment les instituts de formation en ergothérapie de former les futurs professionnels à ce travail coopératif, à une connaissance des différents milieux et à une interdépendance des professionnels. Il s’agit par conséquent de développer les rencontres entre les futurs professionnels au cours de leur formation afin qu’ils puissent s’approprier une vision transversale et pluriprofessionnelle des interventions, favorisant le croisement des expertises (CNSA, 2012).

QUELLES OPPORTUNITÉS POUR LES ERGOTHÉRAPEUTES ?

Ce changement de paradigme majeur modifie les pratiques professionnelles mais il constitue également de nouvelles opportunités pour l’ensemble des professionnels de la santé ou médico-sociaux. Ces opportunités concernent directement les ergothérapeutes : d’une part, les évolutions de paradigme tendent à favoriser le développement de l’ergothérapie et, d’autre part, les ergothérapeutes semblent être des professionnels pertinents pour occuper les postes de coordinateur de parcours.

Évolution et développement de l’ergothérapie

Les évolutions démographiques (vieillissement de la population, augmentation de l’espérance de vie, augmentation du nombre de malades chroniques, émergence de certaines pathologies…), les changements des organisations (développement des actions de promotion de la santé, évolution des lieux de vie, réorganisation des services à domicile…) ont déjà constitué une véritable opportunité pour le développement de l’ergothérapie en France (ANFE, 2017).

Celle-ci s’est traduite par l’augmentation croissante du nombre d’ergothérapeutes depuis une vingtaine d’années, passant de 3938 professionnels en 2000 à 12 765 en 2019 (ANFE, 2020). En effet, les interventions des ergothérapeutes s’intègrent dans les parcours de soins, de santé ou de vie des usagers. L’éventail des interventions ergothérapiques possibles et des lieux d’intervention en font un professionnel adapté aussi bien en service de soins, un acteur de la prévention ou un intervenant dans les écoles par exemple. Dans le cadre du développement d’une logique de parcours, les Agences régionales de santé (ARS) ont donc développé localement différents dispositifs au sein desquels les ergothérapeutes sont sollicités et qui concourent à la promotion des parcours. Citons par exemple les ergothérapeutes au sein des équipes mobiles de réinsertion et réadap­tation, des Services de soins infirmiers à domicile (SSIAD), des Services polyvalents d’aide et de soins à domicile (SPASAD), dans les dispositifs PAERPA (Personnes âgées en risque de perte d’autonomie), dans les programmes d’éducation thérapeutique…

Ainsi, les évolutions qu’a connues la profession depuis une dizaine d’années, avec notamment l’augmentation du nombre d’Institut de formation en ergothérapie (IFE) et l’augmentation du nombre de professionnels, ont permis de répondre même partiellement à ces opportunités. Néanmoins, il apparaît clairement que les modes d’organisation vont continuer à évoluer et il appartiendra à la profession de continuer à évoluer pour répondre aux changements à venir.

Les fonctions de coordination pour les ergothérapeutes

L’approche par parcours amenant au développement des fonctions de coordination concerne directement les ergothérapeutes. En 2008, dans la monographie d’ergothérapeute, l’ergothérapie était déjà positionnée comme une profession ayant « une place stratégique dans la coordination des soins » (ministère de la Santé et des Sports, 2008, p. 17). En effet, les ergothérapeutes sont formés à une approche globale des personnes et de leur environnement, et sont particulièrement motivés par cette approche : ils représen­tent donc un profil pertinent pour la gestion de cas ou, plus largement, pour la coordination de parcours (Bloch et al., 2011).

Les ergothérapeutes développent dans leur pratique une approche dite « centrée sur le client » qui place la personne au cœur de son accompagnement et répond à l’évolution de la place des usagers. La prise en compte de la personne est dite globale et intègre différents facteurs déterminants (hygiène, mode de vie, éducation, milieu professionnel, environnement…) correspondant au parcours de vie. Les outils d’observation partagée ont d’ailleurs été développés le plus souvent par des sociologues ou des ergothérapeu­tes (Bloch et al., 2011). Si l’approche dite globale n’est pas la compétence exclusive des ergothérapeutes, la mise en application de modèles conceptuels s’intéressant à la fois à la personne, à ses potentialités, ses occupations et intégrant son environnement (tels que le Modèle de l’occupation humaine) est une particularité intéressante dans la considération des parcours de santé ou de vie et un atout non négligeable. Ainsi, en lien avec ces particularités et l’évolution des modes d’organisation, des postes qui n’existaient pas auparavant ou qui étaient exclusivement réservés aux infirmiers dits « de coordination » se sont ouverts. Nous pouvons citer ici l’exemple des postes de coordination en Équipe spécialisée dans la prévention et la réadaptation à domicile (ESPRAD) ou en Équipe spécialisée Alzheimer (ESA).

À ce jour, les formations afin de devenir « coordinateur de parcours » sont multiples et de niveaux très différents : formation continue de quelques heures, diplôme universitaire, diplôme de niveau master bac + 5… S’il n’y a pas de chiffres aujourd’hui clairement identifiés concernant les proportions de professionnels issus d’une formation en ergothérapie ayant suivi une telle formation, il semble que ce type de formation et de fonction puisse constituer une opportunité d’évolution pour la carrière des ergothérapeutes.

Il est nécessaire de préciser que la fonction de coordination constitue une nouvelle expertise et se révèle une fonction à part entière (Loubat, 2017). Il serait donc erroné de penser qu’il s’agit d’une simple évolution de la posture d’ergothérapeute. Néanmoins, en lien avec les éléments développés précédemment, il semble que nous disposions de prérequis pertinents et de rôles identifiés déjà préexistants pour évoluer vers ce type de fonctions : vision holistique des restrictions de participation et limitations d’activité, compétences de travail en équipe, de gestion de projet…

Aussi, il faut que les ergothérapeutes puissent se former à ces pratiques et que l’on légitime petit à petit leur place et leurs compétences sur de telles fonctions, au même titre que d’autres professionnels, afin qu’ils bénéficient là d’une véritable reconnaissance.

CONCLUSION

Les évolutions récentes de la société, sur le plan démographique, sociologique ou sur celui du type de pathologie, ont entraîné une nouvelle logique : celle des parcours, qu’ils soient de soins, de santé ou de vie. L’enjeu de cette nouvelle approche est d’apporter à toutes les personnes, qu’il s’agisse d’enfants, d’adultes ou de personnes âgées, quelles que soient les situations de handicap vécues ou les difficultés et restrictions de participation, les bons soins au bon moment, en limitant les ruptures. Tous ces changements nécessitent une adaptation de nos organisations et des professionnels du monde de la santé.

Il nous semble que ces changements constituent une véritable opportunité pour le développement de l’ergothérapie et de nouvelles opportunités professionnelles pour les ergothérapeutes, qui seront très certainement amenées à évoluer dans les prochaines années.

Références bibliographiques

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Bloch, M.-A., Henaut, L., Sardas, J.-C. & Gand, S. (2011). La coordination dans le champ sanitaire et médico-social : enjeux organisationnels et dynamiques professionnelles. HAL, hal-01064426.

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Calvez, C. (2019). Parcours (de soins, de santé, de vie) et coordination. Dossier documentaire de l’École des hautes études en santé publique, 45 pages.

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CNSA, Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (2019). Les chiffres clés de l’aide à l’autonomie 2019. Rapport de la CNSA. En ligne : https://www.cnsa.fr/documentation/chiffres_cles_2019_cnsa.pdf.

CNSA, Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (2012). Promouvoir la continuité des parcours de vie : d’une responsabilité collective à un engagement partagé. Rapport de la CNSA, p. 31-55.

Cordier, A. (2014). Les parcours de soins et de santé sont-ils une évolution inéluctable de notre système de santé ?, Actualité et dossiers en santé publique, 88, p. 43-45.

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Surbled, M. (2018). Quand le patient devient acteur du système de santé. ActuSoins Magazine, 28.

Pour référencer cet article

Saragoni, A. (2020). Parcours de soins, de santé, de vie et ergothérapie : quels enjeux ? ErgOThérapies, 77, p. 7-14.


Article rédigé par :
  • Amélie Saragoni

    Ergothérapeute DE
    Responsable des services à domicile

    Groupement hospitalier de l’Institut catholique de Lille
    Rue du Grand-But
    59160 Lomme

    amelie.saragoni@orange.fr


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