Fiche de lecture : Des sciences sociales à l’ergothérapie. Mieux comprendre la société et la culture pour mieux agir comme spécialiste en habilitation à l’occupation

Sous la direction de Emmanuelle Jasmin

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RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE

Jasmin, E. (2019). Des sciences sociales à l’ergothérapie. Mieux comprendre la société et la culture pour mieux agir comme spécialiste en habilitation à l’occupation. Québec (Canada) : Presses de l’université du Québec.

ISBN : 9782760551862

LA COORDINATRICE DE L’OUVRAGE ET LES COLLABORATEURS

Emmanuelle Jasmin est ergothérapeute, PhD, et professeure agrégée à l’École de réadaptation de Sherbrooke (Québec). En tant qu’ergothérapeute, elle s’est beaucoup intéressée aux enfants, à leurs troubles neuro-développementaux, à leur contexte familial, avec une approche écosystémique dans un objectif de participation sociale. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est préoccupée de l’impact de la société et de la culture dans la vie quotidienne de ces familles. Elle souligne depuis plusieurs années l’importance pour les ergothérapeutes d’intégrer des connaissances d’anthropologie et de sociologie dans leur pratique, d’où l’élaboration de cet ouvrage.

Plusieurs ergothérapeutes ont collaboré à l’écriture de cet ouvrage : Marie-Josée Drolet, Julie Masse et Nadine Larivière (Québec), Virginie Stucki (Suisse), ainsi que Kavin Hébert, enseignant en sociologie (Québec). Un comité scientifique a été constitué, comprenant, entre autres, Jean-Luc Blaise et Géraldine Poriel (France).

L’OUVRAGE

Au départ, élaboré pour les étudiants en ergothérapie et jeunes ergothérapeutes, cet ouvrage de 321 pages se veut didactique et associe études de cas ciblées, définitions, théories diverses, explicitations, liens avec l’ergothérapie, messages clés, questions intégratives et réflexives.

C’est un ouvrage original, écrit en français, qui s’appuie, bien sûr, sur la situation particulière du Québec, mais qui intègre aussi de façon bien documentée les théories et expériences rencontrées en France, Suisse et Belgique en particulier, et en général sur la diversité au niveau mondial. Les concepts abordés sont nombreux, il s’agit vraiment d’un document ressource fondamental. Il devrait aider les étudiants en ergothérapie, souvent peu familiers des sciences sociales, à comprendre l’importance d’une approche systémique en ergothérapie intégrant toutes les dimensions des personnes dans leur milieu de vie et pas seulement les aspects relatifs à la pathologie.

En somme, c’est un ouvrage riche qui intéressera tout ergothérapeute sensible à l’évolution de la profession et à l’ergothérapie sociale.

LE CONTENU

Pour Emmanuelle Jasmin, il est évident que l’évolution de nos sociétés entraîne un changement dans les pratiques en ergothérapie. « Offrir des services d’ergothérapie en soutien à domicile et dans la communauté devient donc un incontournable pour les États qui souhaitent favoriser l’autonomie et la participation sociale de leur population » (p. 47). Il s’agit donc de se former pour mieux comprendre l’influence du contexte social et culturel sur notre pratique, mais aussi de percevoir quel peut être le rôle des ergothérapeutes pour développer une société inclusive.

L’ouvrage intègre des concepts de sociologie et d’anthropologie, traitant de société et de culture et met en évidence le rôle d’agents de changement que doivent développer les ergothérapeutes.

Après la première partie de l’ouvrage ciblée sur la société et la culture, la deuxième partie s’intéresse aux finalités et valeurs de l’ergothérapie à travers les concepts de santé, d’intégration sociale ainsi que de justice sociale et occupationnelle. Par exemple, selon la théorie de la distance culturelle, « la non-considération de la culture populaire dans les systèmes de santé contribue ainsi à maintenir, et même à accroître, les inégalités sociales de santé » (p. 99). Comprendre la culture, les conditions de vie et les besoins des personnes est indispensable pour proposer des interventions adéquates, en particulier en prévention et promotion de la santé.

La troisième partie de l’ouvrage aborde les enjeux sociaux et culturels à prendre en compte en ergothérapie, comme le contrôle social, les inégalités socio-économiques et la pauvreté, la diversité culturelle, ainsi que la diversité sexuelle et les relations de genre. Ainsi, Emmanuelle Jasmin souligne que « l’approche communautaire mise sur la création de liens sociaux et non sur l’analyse des problèmes relationnels ou la thérapie » (p. 209). C’est une approche incontournable lorsqu’on intervient auprès de personnes vivant dans des milieux défavorisés.

INTÉRÊT POUR LES ERGOTHÉRAPEUTES

Dans le contexte actuel, Emmanuelle Jasmin incite les ergothérapeutes à prendre en compte les inégalités socioéconomiques : « Lorsque l’ergothérapeute évalue une clientèle de milieux défavorisés, il devrait considérer les effets de ses conditions de vie sur sa santé, son ressenti, ses capacités, son milieu de vie et ses occupations » (p. 211).

Les ergothérapeutes sont aussi de plus en plus sollicités pour intervenir à l’extérieur des institutions du fait de leur compréhension large des phénomènes relatifs à la santé. L’intégration et l’inclusion sociales sont des concepts à bien comprendre par les ergothérapeutes pour mener à bien leurs interventions. « Pour favoriser l’inclusion sociale de sa clientèle, il doit considérer non seulement sa participation sociale (ou son engagement occupationnel), mais aussi son sentiment d’appartenance à un groupe ainsi que l’acceptation et l’implication de son entourage » (p. 112). Cela devrait se faire très rapidement, sans attendre le retour dans le milieu de vie.

CONCLUSION

L’ergothérapie étant fondée sur le lien qui existe entre les occupations et la santé, la justice occupationnelle devient un concept incontournable dans la pratique professionnelle. Mais, pour comprendre ce qu’est la justice occupationnelle, il est nécessaire d’approfondir nos connaissances en sciences sociales, particulièrement en anthropologie et sociologie.

Le développement de la science de l’occupation encourage les ergothérapeutes à s’ouvrir à de nouveaux champs de pratique. « Cela implique donc de développer une ergothérapie qui dépasse le cadre traditionnel et qui soit sociale ou politique, et que les ergothérapeutes, en tant qu’agents de changements, promeuvent et défendent la justice occupationnelle » (p. 149).

Cet ouvrage dense, écrit au départ pour les étudiants en ergothérapie, intéressera les professionnels qui veulent développer leurs connaissances en sciences sociales, mais aussi toute personne curieuse de mieux connaître l’implication potentielle des ergothérapeutes dans ce domaine.


Article rédigé par :
  • Marie-Chantal Morel-Bracq

    Ergothérapeute, MSc Educ
    Directrice des soins honoraire
    Bordeaux, France
    mariechantal.morel@me.com


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