Promouvoir l’activité physique : une mission des ergothérapeutes

Promoting physical activity: a mission for occupational therapists

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Summary :

The French health system modernisation leads to a reorganisation of care practices. This evolution includes the development of assistive technology and home assistant automation, virtual reality and also the promotion of non-medicinal therapy such as physical activity.
Physical activity is admittedly sometimes still poorly identified and is the subject of various beliefs, but overall this concept is structured, defined and resonates as a vector of health.
As all Health professional, occupational therapists encourage and promote physical activity within their interventions.
This article illustrates Occupational Therapy's role in promoting physical activity and is intended to raise a debate and prompt new thinking in line with the current evolution of our profession.

INTRODUCTION

Le dispositif intégrant l’activité physique dans le parcours de soin du patient en Affection de Longue Durée (ALD) est entré en vigueur le 1er mars 2017. Il est issu de l’article 144 de la loi de modernisation de notre système de santé.

Le décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 précise les conditions de dispensation de l’activité physique adaptée : elle est prescrite, sans remboursement, par le médecin traitant aux patients atteints d’une ALD : « On entend par activité physique adaptée au sens de l’article L.1172-1, la pratique dans un contexte d’activité du quotidien, de loisir, de sport ou d’exercices programmés, des mouvements corporels produits par les muscles squelettiques, basée sur les aptitudes et les motivations des personnes ayant des besoins spécifiques qui les empêchent de pratiquer dans des conditions ordinaires. » Le texte précise que pour les « patients présentant des limitations fonctionnelles sévères, seuls les professionnels de santé (masseur-kinésithérapeute, ergothérapeute et psychomotricien) sont habilités à leur dispenser des actes de rééducation ou une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical » (ministère des Affaires sociales et de la Santé, 2016).

L’ergothérapeute est mentionné comme acteur de promotion de ce dispositif en lien avec l’évolution conceptuelle axant son accompagnement sur les activités problématiques du quotidien, de loisirs et de travail.

Ce décret, tout comme notre décret d’actes1, insiste sur l’importance de l’activité humaine, vectrice de santé.

Cet article propose de faire un point sur l’activité physique et le contexte actuel et ce, avant d’évoquer la promotion de l’activité physique dans un processus d’intervention en ergothérapie. Pour finir, une discussion sur le chemin parcouru et restant à parcourir est proposée.

LE CONTEXTE DE SANTÉ PUBLIQUE

En tant que professionnel de santé, il peut être pertinent d’ajuster l’évolution de notre pratique aux préoccupations de santé publique.

Qu’en est-il en matière d’activité physique ?

Une notion large

L’activité physique représente toute dépense énergétique au-dessus de la dépense de repos. Chaque mise en activité est donc potentiellement source d’activité physique.

L’OMS, en 2010, rappelle que l’activité physique ne se limite pas à la pratique sportive : « l’activité physique englobe notamment les loisirs, les déplacements (par exemple la marche ou le vélo), les activités professionnelles, les tâches ménagères, les activités ludiques, les sports ou l’exercice planifié, dans le con­texte quotidien, familial ou communautaire. Une activité physique peut s’observer dans l’exercice d’une profession, au cours d’activités récréatives et de loisirs, de tâches domestiques ou d’activités sportives ».

Des caractéristiques identifiées

Les caractéristiques pour décrire une activité physique ont été identifiées par l’INSERM en 2008. Une activité physique se caractérise par les conditions sociales, son contexte, sa fréquence, sa durée et son intensité (figure 1).

Figure 1. Les caractéristiques de l’activité physique, selon l’INSERM (2008).

 

Une intensité définie

L’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ, 2006) et la Haute Autorité de santé (HAS) proposent une classification en 3 niveaux d’intensité d’activité physique : faible – modérée – élevée (tableau 1). 

Intensité de l’activité Exemple d’activités Durée

Faible

< 3 METs

Laver la vaisselle, marche à 4 km/h, laver les vitres, etc. 45 mn

Modérée

Entre 3 et 6 METs

Passer l’aspirateur, marche rapide à
6 km/h, ramasser des feuilles, etc.
30 mn

Élevée ou soutenue

À partir de 6 METs

Bécher, jogging à 10 km/h, natation, déménager, etc. 20 mn

Tableau 1. Classification de l’intensité de l’activité selon l’INSPQ (2006).

 

L’intensité d’une activité physique est le plus souvent exprimée en MET (équivalent métabolique ; metabolic equivalent of task), défini comme le rapport de la dépense énergétique liée à l’activité physique sur le métabolisme de base. 1 MET correspond au niveau de dépense énergétique au repos, assis sur une chaise (3.5ml02/mn/kg).

Le réseau Oncolie (réseau de cancérologie de Franche-Comté) propose une classification simplifiée en cinq niveaux (tableau 2).

Activité physique très faible

< 3 METs

Se doucher, se raser, repasser, marcher à 4 km/h

Activité physique faible

Entre 3 et 5 METs

Passer l’aspirateur, nettoyer, marcher à 6 km/h

Activité physique moyenne

Entre 5 et 7 METs

Porter en montant les escaliers, marche à 7 km/h, usage d’une tondeuse

Activité physique élevée

Entre 7 et 9 METs

Grimper à l’échelle, trottinette, menuiserie lourde

Activité physique élevée

> à 9 METs

Course, handball, judo, porter 22 kg en montant les escaliers

Tableau 2. Classification de l’intensité de l’activité selon le réseau Oncolie.

 

Enfin, un document intitulé « Compendium des activités physiques des adultes » (Ainsworth, 2011) exprime l’intensité générique de la plupart des activités physiques : vie domestique, loisirs, profession, sport, etc.

Un potentiel pour la santé

Il existe actuellement un consensus dans la littérature pour dire que l’activité physique équilibrée régulière a des effets bénéfiques sur la santé (IRDPQ, 2014), d’où l’importance du dosage de l’activité physique et de l’accompagnement des pratiques mentionnées par l’OMS (2010). La notion d’équilibre est fondamentale.

La sédentarité est un fléau de notre monde actuel. Selon l’OMS, moins de 40 % de la population mondiale adulte a une activité physique suffisante pour en tirer bénéfice en termes de santé. Dans beaucoup de pays, l’activité physique est même en recul. Dans l’ensemble du monde, 23 % des adultes et 81 % des adolescents scolarisés ne sont pas assez actifs physiquement.

L’activité physique surdéveloppée peut également favoriser dépression, maladies cardiaques, risques de blessures ou augmenter les risques d’Accident vasculaire cérébral (AVC).

Sédentarité et hyperactivité sont ainsi montrées du doigt et l’identification d’un équilibre vecteur de santé mise en avant. Comment identifier cet équilibre ? Comment le mettre en perspective avec l’équilibre occupationnel ?

« Les adultes âgés de 18 à 64 ans devraient pratiquer au moins, au cours de la semaine, 150 minutes d’activité d’endurance d’intensité modérée ou au moins 75 minutes d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue. L’activité d’endurance devrait être pratiquée par périodes d’au moins 10 minutes. Pour pouvoir en retirer des bénéfices supplémentaires sur le plan de la santé, les adultes devraient augmenter la durée de leur activité d’endurance d’intensité modérée de façon à atteindre 300 minutes par semaine ou pratiquer 150 minutes par semaine d’activité d’endurance d’intensité soutenue, ou une combinaison équivalente d’activité d’intensité modérée et soutenue. Enfin, des exercices de renforcement musculaire faisant intervenir les principaux groupes musculaires devraient être pratiqués au moins deux jours par semaine » (OMS, 2010).

Comment inclure cette dynamique autour de l’activité physique dans l’accompagnement proposé en ergothérapie et ce, quels que soient les populations et le processus d’intervention (restauration, éducation, compensation, occupation) ?

IMPLICATION DES ERGOTHÉRAPEUTES

Chaque activité est potentiellement source d’activité physique. Les activités domestiques, de loisirs, professionnelles, sont définies en termes d’intensité via des classifications, et l’activité physique régulière équilibrée est vectrice de santé. Ces notions, citées ci-dessus, interpellent les ergothérapeutes tant elles sont en symbiose avec leurs objectifs d’accompagnement.

Les ergothérapeutes interviennent auprès de tout public pour lequel une problématique d’occupation de vie a été générée par un changement d’état de santé ou de limitation de participation sociale, présents ou à venir (prévention). Nous parlons d’analyse d’activité humaine et surtout, en complémentarité, nous y ajoutons la notion de « changement d’état ».

Dans le champ de l’activité physique, nous observons des problématiques variées : personnes qui tendent vers la sédentarité alors que nous les évaluons capa­bles de reprendre leurs activités antérieures, personnes qui à la suite d’un AVC croient que l’hyperactivité peut les protéger d’une récidive et se mettent, tous les jours, en danger, personnes qui pensent que l’activité physique n’est plus pour elles parce qu’elles sont trop âgées, personnes qui, malgré un changement d’état de santé, s’épuisent à maintenir l’ensemble de leurs activités routinières, sans tenir compte d’une aggravation, d’un changement d’état de santé ou de participation sociale, personnes anxieuses à l’idée d’amorcer la moindre activité… Autant de situations qui font le quotidien des ergothérapeutes et permettent de problématiser l’équilibre occupationnel en tenant compte de l’activité physique.

L’ergothérapeute s’inscrit en tant que professionnel de santé accompagnant au maintien, au renoncement ou/et à la reprise d’activité d’un public en perte d’autonomie. L’activité, avec ses composantes physiques, sociales ou/et cognitives, est au cœur de la pratique des ergothérapeutes. Ce champ de compétence des ergothérapeutes est clairement identifié et validé puis­que les ergothérapeutes sont mentionnés dans le décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016 con­cernant la promotion de l’activité physique.

Cet article se propose davantage de revenir sur une problématique de pratique au quotidien : comment promouvoir l’activité physique dans ma pratique ?

ILLUSTRATION D’UNE INTERVENTION ERGOTHÉRAPIQUE INTÉGRANT LA PROMOTION DE L’ACTIVITÉ PHYSIQUE

Ce chapitre propose de suivre l’accompagnement de madame J. dans la reprise de ses activités, en lien avec son état de santé.

On peut y repérer en italique les données caractérisant la situation particulière de Mme J.

Activité cible

Madame J. tond sa pelouse (terrain plat de 16 m2), une fois par semaine d’avril à octobre pendant 2 400 s.

Quatre des cinq caractéristiques précitées (durée, fréquence, contexte, conditions sociales) sont spontanément mises en avant lors de l’entretien initial avec l’ergothérapeute.

L’intensité est questionnée via le compendium des activités physiques des adultes d’Ainsworth (2011).

L’intensité générique de cette occupation est de 5.5 METs. C’est une activité physique décrite, génériquement, comme modérée.

Cette activité est-elle vectrice de santé ? Comment adapter cette activité afin qu’elle le devienne ou le reste et ce, alors même qu’un changement d’état de santé déstabilise la personne et sa perception de ses habiletés ?

L’accompagnement est questionné afin d’identifier quelles caractéristiques, quel niveau de pratique et quelle régularité permettraient un bénéfice pour la santé.

Évaluations réalisées

Évaluation des occupations

Le questionnaire des occupations de vie (Occupational Questionnaire : OQ) de N. R. Smith, G. Kielhofner et J. H. Watts (1986) permet d’identifier les activités dans lesquelles la personne s’engage tout au long d’une journée type de sa semaine et ce, par périodes d’une demi-heure. Dans ce questionnaire, la personne indique si elle considère chaque activité comme étant du travail, des tâches quotidiennes, un loisir ou du repos. Ce questionnaire est reconnu comme pertinent pour toute personne ressentant de l’insatisfaction dans le déroulement de sa routine quotidienne et éprouvant un besoin d’aide. Cette évaluation situe les activités les unes par rapport aux autres.

Tondre la pelouse fait partie des nombreuses activités de loisirs hebdomadaires (d’avril à octobre) de Mme J. Cette activité est importante tant sur le plan de ses valeurs (faire soi-même) que du point de vue de sa détermination personnelle (maintien de ses habitudes de vie le plus longtemps possible), mais elle est source de questionnement sur ses habiletés.

L’OQ permet de commencer l’accompagnement à partir d’une visualisation de l’utilisation du temps et de situer l’activité à analyser dans un contexte global de vie.

Évaluations des occupations problématiques

La Mesure canadienne du rendement occupationnel (MCRO) permet ensuite de mettre en avant les occupations pour lesquelles la personne rencontre des problèmes et souhaite que nous intervenions.

Mme J. s’interroge sur le maintien ou non de cette activité : « Tondre la pelouse devient difficile et me rend insatisfaite. Aujourd’hui, l’engagement dans cette occupation demande une adaptation importante en lien avec ma maladie (Parkinson de stade avancé) et mon environnement (petit jardin privatif géré seule). »

Évaluations de la perception de la personne, avant expérimentation

La perception de Mme J. correspond à ses croyances : « Je pense que tondre ma pelouse va occasionner… ».

Mme J., avec l’ergothérapeute, a mis en avant, à partir d’évaluations standardisées, la façon dont elle perçoit le fait de tondre ce bout de jardin.

Le résultat des évaluations avant l’expérimentation nous indique : une fatigue à 2/5, c’est-à-dire une fatigue modérée (selon l’Échelle numérique de la fatigue2; IRDPQ, 2014) ; une difficulté à 8/10, c’est-à-dire très importante (selon l’échelle de Borg, 1982) ; une capacité à 4/10, c’est-à-dire faible (selon la Mesure canadienne du rendement occupationnel ou MCRO ; Law et al., 2000) ? et une satisfaction à 1/10, donc inexistante (MCRO).

Mme J. a une perception de cette occupation qui émane de sa pathologie et des adaptations mises en place depuis l’évolution de la maladie.

Évaluations des habiletés de la personne lors de l’expérimentation

L’ergothérapeute, lors de l’évaluation de Mme J en fonctionnement de tondre sa pelouse, met en avant :

– des freins : nécessité de port de charge, déplacement sur un terrain instable, fatigue, difficulté d’endurance ;

– des leviers : possibilité de modifier la manipulation, le rythme, l’organisation, l’adaptation ;

– des risques liés à l’activité : déséquilibre occupationnel du fait de l’abandon de toutes les activités après la tonte et augmentation des chutes. Ces risques sont évalués selon le processus AMDEC (Faucher 2009), qui permet d’obtenir un chiffrage du risque en termes de fréquence, gravité et axes d’amélioration. Pour Mme J., nous mettons en avant une « gravité modérée du fait d’une adaptation efficace / une fréquence importante d’avril à octobre et plusieurs adaptations en cours ».

Évaluation de la perception de la personne après l’expérimentation

La perception de Mme J. correspond à son vécu à chaud après l’expérimentation : « En tondant ma pelouse, j’ai perçu… »

Le résultat des évaluations après l’expérimentation nous indique : fatigue à 4/5 (ENF), difficulté à 4/10 (Borg), capacité identique à 4/10 (MCRO) et satisfaction à 4/10 (MCRO).

La mise en fonctionnement permet à Mme J. d’adapter sa perception et à l’ergothérapeute de valider ou non l’hypothèse émise par la personne : le problème émane d’une majoration excessive de la fatigue.

Évaluation du ressenti en matière d’intensité de l’activité

Un autre élément à prendre en compte est le ressenti de Mme J en regard de l’intensité déployée.

« Cette activité est perçue comme étant d’intensité élevée » par Mme J., alors que le compendium la positionne dans la catégorie des activités modérées.

Nous mettons en avant l’importance d’évaluer différemment l’activité physique auprès de personnes à limitations modérées à sévères. Le compendium des activités précité reprend uniquement des intensités génériques. Quid du ressenti des personnes atteintes de maladies chroniques qui, du fait d’un changement d’état de santé, perçoivent, à juste titre, que l’intensité est beaucoup plus élevée que ce qui est indiqué en générique ? Cette notion d’intensité dite perçue, nous la retrouvons dans certains écrits en lien avec le domaine du vieillissement de la population et dans le Guide de promotion, consultation et prescription médicale d’activité physique et sportive pour la santé (HAS, 2018).

Accompagnement ergothérapique

Le processus décrit ci-dessous reprend trois des qua­tre processus d’intervention en ergothérapie (Fisher, 2016), c’est-à-dire occupation centrée, éducative et compensatoire.

Versus approche occupation centrée

Après la mise en place d’une analyse des écarts entre les évaluations renseignées par Mme J. (perception) et celles de l’ergothérapeute, nous proposons un plan d’intervention :

– entraînement à la gestion des leviers identifiés par les deux acteurs (soignant et soigné) ; en l’occurrence, concernant Mme J., les leviers sont sa capacité d’adaptation et d’organisation ;

– lissage des freins : en l’occurrence, il lui est proposé un travail de port des objets nécessaires sur terrain instable, ainsi qu’un travail chronométré pour expertiser le rôle de la notion de timing dans l’apparition de la fatigue.

Versus approche compensatoire

La recherche d’axes d’amélioration humaine permet de questionner Mme J. sur la pertinence de déléguer à un tiers ou de se faire seconder par un membre de sa famille.

La recherche d’axes d’amélioration matérielle permet un questionnement sur la mise en place d’un dispositif technique de compensation (achat d’une tondeuse autotractée).

Versus approche éducative

Il s’agit de rechercher des adaptations psychosociales en termes de résolution de problème. Mme J. est invitée à se poser la question : « Quelles compétences il me faudrait acquérir pour mieux vivre globalement avec ma maladie ? » Un diagnostic éducatif permet de mettre en avant la pertinence de participer à :

– une séance éducative individuelle permettant une meilleure connaissance de la notion de fatigue ;

– un atelier « mon vécu » permettant de mettre des mots sur ce que je ressens et la manière dont je me perçois.

Mme J. peut ainsi faire un choix qui lui appartient : « Je souhaite poursuivre cette activité qui me convient et qui est pour moi rassurante. J’aimerais pouvoir adapter la journée où je tonds, afin de ne pas multiplier dans une journée, les activités d’intensité élevée, que je sais maintenant repérer. J’ai acquis une meilleure connaissance de moi, de mes peurs et croyances, de mes capacités et je sais l’importance d’étudier sous un autre regard mes activités. »

Une meilleure perception a permis à Mme J. de ne pas sous-estimer cette activité, de l’identifier comme une activité physique à part entière et de la considérer en tant que telle dans sa journée d’activité.

Notons que bien que nous ne développions pas, dans cet exemple, la part de la sphère sociale, ou l’adaptation de l’environnement par les ergothérapeutes, elles sont également essentielles.

Le choix ici a été de maintenir cette habitude de vie sans compensation ni humaine, ni matérielle, mais en recherchant un nouvel équilibre des activités au fil du temps.

Une fois établi le choix de garder cette activité, une adaptation du plan d’intervention a eu lieu, versus éducatif :

Versus approche éducative

Nous recherchons les compétences que Mme J. souhaite acquérir pour adapter son agenda, sa routine hebdomadaire et gérer l’utilisation de son temps : « quelle compétence recherchez-vous pour adapter différemment votre routine quotidienne ? »

Mme J. a identifié ses « situations à problèmes » (faire comme avant, ne pas tenir compte de ma maladie, sous-estimer cette activité : « c’est pas une activité physique, c’est juste tondre ma pelouse ») et a travaillé sur la résolution des problèmes (« la manière dont je m’adapte à une évolution d’une maladie chronique, ce que je dois connaître pour en tenir compte : positionner l’activité en lien avec la prise de mon traitement, respecter la fatigue, établir une carte de l’intensité de mes activités afin de les répartir différemment, prendre du recul afin de m’adapter à mesure au lieu de subir, rester dans la recherche du plaisir de faire, décider moi-même en connaissance de cause »).

Mme J. a des compétences lui permettant d’être actrice de ses choix d’activité tout en protégeant sa santé et en identifiant l’équilibre occupationnel, vecteur de santé. « Je me connais davantage. Ce qui m’a surprise, c’est d’avoir pu évoluer en parallèle dans ma pratique de la marche nordique. Mon coach sait que je sais déterminer les adaptations nécessaires à ma pratique en fonction des jours et de mes phases on ou off. Je sais aussi que ma performance n’est pas d’avoir fait la même distance que les plus forts du groupe, mais d’avoir établi moi-même ma distance : la distance juste, celle pour laquelle je me sens fière mais aussi en forme. »

Cet accompagnement, vers la recherche du plus haut niveau que la personne puisse maintenir, participe à la promotion de l’activité physique du quotidien. Nous gageons que pour certaines personnes, c’est un tremplin unique, une chance, pour accéder à des activités physiques plus intenses, voire sportives, et pour certaines c’est la possibilité de maintenir l’activité sans qu’elle soit préjudiciable à la santé.

Ne pas prendre le temps d’analyser les activités physiques dans le cadre du quotidien peut limiter l’accès de personnes fragiles à limitations modérées ou sévères qui ont une perception d’impossibilité, d’inatteignable. « Comment être acteur si le chemin que l’on me montre me semble être comme la traversée de la Manche ? »

S’engager pleinement et en pleine conscience dans une activité physique demande une croyance en un possible, un travail sur soi, acteur de son quotidien. Prendre conscience que l’activité physique, dite adaptée à un état de santé, s’initie au quotidien, facilite l’engagement, l’autonomie et le changement. Le cheminement de chacun pour identifier son niveau de performance peut être complexe d’où l’importance de l’intervention de professionnels de santé. Lorsqu’il s’agit de promouvoir l’activité physique du quotidien, l’ergothérapeute a un rôle décisif à jouer.     

DISCUSSION

Enjeu

Pour les ergothérapeutes, l’enjeu est d’accompagner toute personne en situation de handicap et son entourage à identifier le lien entre leurs activités et la santé.

Pour le patient, l’enjeu est d’identifier le niveau d’activité physique compatible avec un état de santé, et de réfléchir à un projet de vie prenant en compte la composante physique de toute activité.

Notre cheminement depuis 2015

Amélioration de l’identification des compétences des ergothérapeutes dans le champ de l’activité physique

Dès 2015, en lien avec les recommandations de la HAS, les ergothérapeutes trouvent une justification législative à la promotion de l’activité physique : « Tous les professionnels de santé doivent promouvoir l’activité physique auprès du public qu’ils accompagnent » (HAS, 2015).

En 2016, lors de l’élaboration du décret n° 2016-1990 du 30 décembre 2016, les ergothérapeutes clarifient leurs compétences Notre décret d’actes, en effet, reprend majoritairement la notion d’activité humaine sans insister sur le terme d’activité physique. Cette notion est sous-tendue dans « activité humaine » qui intègre la composante physique, psychologique et sociale de l’activité.

Depuis 2016, l’ANFE participe aux réflexions et débats sur l’activité physique. L’ANFE reprend les textes fondateurs de la profession et son histoire, pour mettre en avant sa participation à cette dynamique.

Depuis 2016, les ergothérapeutes sont force de proposition dans de nombreux groupes de travail sur cette thématique : réalisation du guide HAS sur la promotion, consultation et prescription de l’activité physique et sportive, réalisation des référentiels reprenant les organisations de parcours par profil identitaire, groupes de travail de certaines ARS, congrès ciblant cette thématique, etc.

En 2018, l’ANFE publie Les Recommandations de bonnes pratiques à l’usage des ergothérapeutes et participe à la promotion de l’enseignement en formation initiale.

Identification de l’expertise ergothérapique dans le champ de l’activité physique

Nous avons un rôle reconnu dans la valorisation des activités physiques du quotidien. Insister auprès des usagers sur cet aspect représente une nécessité dans notre accompagnement. Notre diagnostic évalue, avec la personne et ses aidants, les causes d’un déséquilibre occupationnel. La personne ne peut pas ou plus gérer ses activités physiques : est-ce du fait d’une sous-utilisation acquise ? d’une perte d’habileté ? Si oui, lesquelles : motrices, cognitives, sociales, psychosociales ? Est-ce du fait d’une perte de motivation ou/et un défaut d’engagement ? Est-ce du fait d’un changement d’environnement physique ? D’une rupture avec des personnes de l’entourage ? Ou tout simplement de routines qui s’enracinent dans un quotidien sans activité physique ? Le diagnostic en ergothérapie ouvre la problématique de l’activité physique à l’ensemble des occupations et aide la personne à prioriser ses projets. L’évaluation, avec l’usager et/ou ses aidants, aide à l’émergence des freins et leviers à l’activité et à l’identification de l’équilibre occupationnel, vecteur de santé.

Développement de la promotion via la formation

Lors de l’élaboration du décret de 2016, nous avions insisté sur l’importance du concept d’activité tout au long de la formation initiale des ergothérapeutes. Les instituts de formation initiale intègrent de plus en plus la notion d’activité physique et favorisent des mémoires de fin d’étude traitant de cette thématique. Depuis 2019, les instituts de formation en ergothérapie disposent d’un kit facilitant la promotion de l’activité physique auprès des jeunes en formation initiale. Plusieurs instituts de formation organisent des journées à thème sur l’activité physique et des organismes de développement des compétences (anciennement organismes de formation continue) proposent aux ergothérapeutes un encadrement pour monter en compétence.

Marge de progression

Notre profession évolue en lien avec l’évolution de nos concepts et du contexte politique, économique, scientifique, etc. Cette évolution constante est inhérente au statut de profession.

Actuellement, une attention particulière est portée sur quelques thématiques, décrites ci-après.

Faire reconnaître nos compétences complémentaires

Il est nécessaire de poursuivre la diffusion de nos compétences et la collaboration avec les professionnels du sport, de la santé et les personnes concernées (les usagers, clients, patients), afin que nos compétences soient clairement identifiées et perçues comme complémentaires.

« La complémentarité trouve sa force dans l’association des savoirs aux services des causes universellement humaines » (Richard, 1958).

Améliorer notre expertise ergothérapeutique

Pour équilibrer ses occupations en lien avec son état de santé, Mme J. peut varier la fréquence, la durée, la superficie et l’intensité de cette activité. Reste la difficulté de devoir se référencer à une intensité générique. Mme J., alors qu’elle tond de sa pelouse, développe-t-elle réellement 5.5 METS ou beaucoup plus ? Et, si oui, est-il possible de déterminer cette intensité perçue ?

Le compendium des activités physiques d’Ainsworth est une aide très utile pour les ergothérapeutes, mais il propose des METS génériques. Nous nous devons maintenant de développer une évaluation de l’intensité perçue ou relative de chacune des activités.

Cette évaluation reposant sur la perception serait une aide à l’engagement pour :

– Les personnes ayant des limitations légères, avec défaut d’engagement : « vers quoi m’orienter ? Pour­quoi me parler de sport, alors que je n’ai jamais aimé cela ? J’entends les bienfaits de l’activité physique, mais qu’en faire ? J’en fais déjà tant, comment savoir si c’est équilibré en regard de mon nouvel état de santé ? Dois-je faire plus ou au contraire faire moins ? Je me trouve plus sédentaire qu’auparavant, mais tout le temps épuisé : est-ce que j’en fais trop ? »

– Les personnes ayant des limitations modérées ou sévères. Ces dernières vivent l’impermanence des « choses » au quotidien. L’énergie passée à se con­fronter au monde changeant pourrait être moindre en ayant un accompagnement dans l’identification de leurs freins et leviers : « Sur quoi m’appuyer lors­que je veux entreprendre, garder, commencer, etc. une activité physique ? « Quel niveau d’activité physique est en regard de mes déficiences vecteurs de santé ? Comment diminuer certaines activités pour maintenir d’autres ? Comment équilibrer mes activités ? Comment adapter l’activité pour qu’elle soit maintenue ? »

L’accompagnement ergothérapique permet un engagement plus important, facilite la recherche d’adaptation et l’identification des activités physiques du quotidien que la personne va intégrer dans une composante de santé.

Augmenter les offres de formation continue

Le champ de la promotion de l’activité physique est récent en ergothérapie et s’appuie sur le développement d’une ergothérapie non centrée sur les déficiences. Cela reste innovant. Les offres de formation incluant une démarche d’ergothérapie existent, reste à les développer, les diversifier, afin d’accroître l’appétence.

CONCLUSION

L’activité physique comme vecteur de santé est reconnue depuis l’article 144 de la loi de modernisation de notre système de santé. Sa promotion lors des accompagnements ergothérapiques se développe et ce, en parallèle avec l’évolution de notre pratique occupation-centrée, éducative et compensatoire.

Tenir compte du niveau d’activité physique ne nie pas d’analyser l’environnement, ou encore la composante cognitive de l’activité, c’est juste reconnaître cette composante physique de l’activité et savoir l’analyser, la travailler afin que la personne acquière un niveau optimal en lien avec son état de santé.

Promouvoir l’activité physique en ergothérapie, c’est participer au maintien du plus haut niveau d’activité physique en lien avec un état de santé, et c’est donc rechercher un équilibre physique vecteur de santé et de bien-être.

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Pour référencer cet article

Marchalot, I. (2020). Promouvoir l’activité physique : une mission des ergothérapeutes. ErgOThérapies, 78, p. 7-15.

 


Article rédigé par :
  • Isabelle MARCHALOT

    Ergothérapeute DE
    Ingénieur formation, MSc.
    Cadre de santé
    IMPR Hérouville Saint Clair (14)
    i.marchalot@impr-herouville.com


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