Editorial 101 : Comment l’ergothérapeute décarbone-t-il sa pratique ?

J’aime Ne bougez pas Je n’aime plus
 
0

Après le fabuleux numéro 100 qui nous a permis de redécouvrir et de questionner sous un autre jour les articles que vous avez plébiscités, ce nouveau numéro vous propose de réfléchir à la décarbonation de nos pratiques en ergothérapie.

Le rapport du GIEC (2023) attribue le dérèglement climatique aux émissions de gaz à effet de serre produits par les activités humaines. Ainsi, les occupations influencent l’environnement au point de le mettre en danger. En conséquence et de façon interdépendante, les changements environnementaux et notamment les phénomènes climatiques extrêmes impactent la santé des êtres humains dans le monde. « La crise climatique menace de réduire à néant les progrès réalisés au cours des cinquante dernières années en matière de développement, de santé mondiale et de réduction de la pauvreté, et de creuser encore davantage les inégalités sanitaires entre les populations et au sein de celles-ci » (OMS, 2023).

Des initiatives pour tenter de ralentir le réchauffement climatique émergent à travers le monde impliquant une modification, un changement ou un engagement dans de nouvelles occupations moins délétères pour l’environnement.

Depuis 2012, la WFOT s’est positionnée pour que les ergothérapeutes s’impliquent et modifient leurs pratiques pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. En effet, la santé qui a pour ambition de soigner les individus est aussi une grande pollueuse. En France, le R2DE (Réseau pour le développement durable en ergothérapie) se mobilise pour proposer des outils aux ergothérapeutes qui souhaitent modifier leur pratique vers une pratique durable.

Lors du discours de clôture du congrès mondial de la WFOT en février 2026, Samantha Shann a souligné que l’éducation en 2050 devra prendre en compte et préparer les futurs ergothérapeutes à tous les défis qui émergent : changement climatique, migration, crises humanitaires. L’advocacy (défense des intérêts et des droits des bénéficiaires, selon la définition de Dhillon et al., 2010), la durabilité et l’engagement politique sont des concepts clés qui doivent être intégrés au programme des études afin de répondre à ces nouveaux enjeux.

Aujourd’hui, les modèles théoriques en ergothérapie décrivent les interactions entre les personnes, leurs occupations et leur environnement comme fondement de la pratique. Comment alors l’ergothérapeute intègre-t-il cette considération environnementale dans sa posture, son raisonnement, ses interventions ?

Ce numéro vous propose d’aborder la thématique de la décarbonation des pratiques en ergothérapie sous différents angles. Nous espérons que ces articles passionnants nourriront votre réflexion sur la pratique éco-responsable et que les propositions d’accompagnement en ergothérapie vous inspireront.

 

Pour introduire le dossier, Vanessa Pillais, ergothérapeute, et Sophie Domenjoud, responsable pédagogique, interrogent le paradoxe d’un secteur sanitaire chargé de protéger la santé des populations, mais dont les activités contribuent aux émissions de gaz à effet de serre. Elles se demandent si la prévention et la promotion de la santé auraient un impact positif sur ses émissions de CO2.

Ensuite, Caroline Flores, Athina Lefebvre, Vanessa Pillais, Jennifer Rocher et Sarah Thiébaut, bénévoles au R2DE, présentent la charte d’engagement qu’elles ont rédigée pour soutenir et informer les ergothérapeutes souhaitant entrer dans une démarche de réduction de l’impact écologique de leur pratique. Dans leur article, elles décrivent leur démarche passée et leurs perspectives.

Maïwenn Théau, en vue de l’obtention de son DE d’ergothérapeute, a réalisé une étude sur la transition occupationnelle durable et les facteurs qui l’influencent. Cet article donne des pistes de réflexion pour le soutien à cette transition.

Ensuite, vous pourrez lire un article écrit par Nuria Sutter de Oliveira et Clarissa Dantas De Carvalho, des ergothérapeutes brésiliennes. Elles reviennent sur une expérience à laquelle elles ont participé entre 2009 et 2012 et qu’il leur paraissait pertinent de partager dans ce numéro. Elles ont mis en place des groupes composés de personnes vulnérables pour favoriser des pratiques de santé plus durables contribuant à une meilleure qualité de vie.

Enfin, Annick Isselé et Marielle André nous proposent chacune une fiche de lecture sur un ouvrage inspirant dans ce contexte : Le bug Humain. Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher, de Sébastien Bohler – et Occupational Punk Vol. 3, de Filip Maric, Enrique Henny, Nick Pollard et Sandra Schiller.

 

En complément de ce dossier, vous pourrez découvrir trois articles aux thématiques variées.

Le Dr Julia Hamonet-Torny et ses collègues nous invitent à questionner la mise en place de la téléconsultation en médecine physique et de réadaptation pour les établissements médico-sociaux et le rôle de l’ergothérapie dans cette nouvelle offre de soins. Cette étude rétrospective met en évidence un accès plus rapide aux soins pour des personnes en situation de handicap et une réponse mieux adaptée aux besoins.

Le deuxième article, proposé par Manon Tissier, nous présente un outil d’accompagnement à l’arrêt de la conduite automobile destiné aux personnes porteuses de la maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées. Ce kit comprend un livret à destination du patient, un guide d’utilisation pour les soignants et des supports divers. Les retours des utilisateurs sont encourageants.

Le dernier article, proposé par Florie Yhuel et Virginie Contal, explore l’importance d’accompagner les proches aidants dans les parcours de soins. Elles soulignent l’importance de l’approche systémique et le rôle clé de l’ergothérapeute dans cet accompagnement.

 

Nous vous souhaitons une bonne lecture !

 

Références bibliographiques
Dhillon, S. K., Wilkins, S., Law, M. C., Stewart, D. A., & Tremblay, M. (2010). Avocat-CACY en ergothérapie : Explorer les raisons et expériences des cliniciens concernant l’advocacy. Revue canadienne d’ergothérapie, 77, 241-248. https://doi.org/10.2182/cjot.2010.77.4.6

 

Ne manquez pas notre prochain numéro :
Favoriser les occupations
des personnes atteintes de troubles cognitifs

à paraître en juillet 2026


Article rédigé par :
  • Patricia Pelé

    Ergothérapeute MSc RG3PE
    Formatrice en IFE, IFPEK, Rennes
    Coordonnatrice de ce numéro


  • Noémie Luthringer-Kauffmann

    Ergothérapeute MSc, OT-EuroMaster
    Exercice libéral (68)
    Coordonnatrice de ce numéro
    luthringernoemie@gmail.com


Commenter cet article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *